Effets indésirables, de Larry Fondation

Effets indésirables, de Larry Fondation (Tusitala) — ISBN-13 : 9791092159103 — 190 pages — 19,50 € — Genre : Viva… Los Angeles. ✮✮✮✮

indesirable

Larry Fondation est un auteur américain contemporain que je ne connaissais pas. D’ailleurs, je pensais qu’il s’agissait ici d’une première traduction pour cet auteur, jusqu’à ce que j’apprenne en rédigeant cette critique que Larry Fondation fut publié chez Fayard. Dorénavant, c’est l’excellente maison d’édition Tusitala qui a eu la bonne idée de reprendre le flambeau.

« Effets indésirables », de Larry Fondation, est un recueil de nouvelles découpées en trois grandes parties. Aussi, même si depuis quelque temps, j’ai de plus en plus de mal à lire les recueils de nouvelles, je n’ai pas été déçu par celui-ci… En effet, parfois je tombe sur des pépites et « Effets indésirables » de Larry Fondation en fait parti. Ainsi, l’auteur décrit, dans un style vif et incisif, le monde tel qu’il le voit. Et le monde de Larry Fondation, c’est le Los Angeles des paumés, des pauvres, des désespérés, des camés, des prostituées, mais aussi des plus riches… Cependant, ce sont bien (essentiellement) les bas-fonds de Los Angeles qui intéressent l’auteur américain. Pour autant, le misérabilisme n’est pas de mise dans ce livre, bien au contraire. On pense forcément à Charles Bukowski, lorsqu’on lit ce recueil de nouvelles de Larry, même si le style de ce dernier est plus bref, rapide, mais aussi moins envoûtant, je trouve. De plus, Los Angeles n’est pas seulement la ville du glamour et des paillettes, c’est aussi la ville de ceux qui déambulent dans les rues, sans but et sans espoir, accompagné d’un caddie rempli d’objets récupérés et inutiles. Larry Fondation parle de tous les hommes et femmes qui sillonnent, tels des morts vivants, sa ville et il n’omet personne. Il s’agit de décrire la vie comme elle est, il s’agit de ne rien cacher, il s’agit de ne rien embellir, il s’agit de regarder en face ce que personne ne veut voir… Aussi, le monde de Larry Fondation ne ressemble pas à celui du Hollywood étincelant dont tout le monde rêve, mais plus à celui décrit par Wim Wenders dans « Land of Plenty ». Effectivement, ce recueil de nouvelles me fait furieusement penser à l’univers que l’on découvre dans le long métrage du réalisateur allemand, c’est un film que je recommande en plus de la lecture d’« Effets indésirables ». L’univers décrit par l’auteur américain est sombre et triste, mais en même temps extrêmement émouvant…

Sur la scène du Starlight, Amber se shoote pendant qu’elle se déshabille. Elle n’a, comme on dit, que la peau sur les os. Ses nichons inexistants se terminent par deux tétons percés. Ses cheveux courts sont décolorés au-delà du blond et leurs racines sont noires. Ses cuisses sont aussi épaisses que des dents de fourchette. Les mecs l’adorent. Ils glissent des billets, parfois de dix ou de vingt dollars, sous le garrot qu’elle attache à son bras. Ils applaudissent comme des fous quand elle se pique. Ils soupirent et s’effondrent dans leur siège quand sa chanson s’arrête et qu’elle doit quitter la scène.

Dans un style rapide et nerveux, l’auteur américain trace le décor d’une ville en sursis, comme un croquis dessiné à main levée. Ainsi, dans la première partie de ce recueil de nouvelles, les histoires font trois pages maximum. Forcément, le texte est assez remuant, il bouscule le lecteur et ne lui laisse quasiment aucun répit. De plus, comme bien souvent dans ce genre de livre, l’ironie n’est jamais très loin… La deuxième partie est encore plus incisive, car elle est composée essentiellement de petits paragraphes tels des aphorismes, comme vous pouvez le voir dans le passage que je cite. Enfin, la troisième partie de ce recueil de nouvelles est plus conventionnelle, plus émouvante aussi. Larry est un auteur américain qui mérite d’être découvert.

Qu’en pensez-vous ?

(30 commentaires)

  1. Ah, j’attendais ce billet. 🙂
    Difficile de passer à côté après ta belle chronique. Bon, il va falloir que je m’accroche car je suis quand même une petite nature (l’extrait que tu as choisi est plutôt marquant) mais je suis prête. Merci Goran!

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  2. Il est rapproché d’Eric Miles Willimason qui lui aussi dit la misère des Blancs (la White Trash) sur la côte Ouest (dans « Bienvenue à Oakland » par exemple). En nouvelles, c’est certainement plus digeste, parcequ’en roman, ça me fait un peu l’effet d’être un punching ball ou un déversoir pour la rancoeur voire la haine de tous ces déclassés et souvent, ça me pèse assez vite ce style-là…

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  3. J’aime beaucoup Larry Fondation, depuis que je connais ses textes, en anglais et en français. j’avais eu la grande chance de le rencontrer chez Charybde lors de l’un de ses (trop rares) passages à Paris, en 2012. Ses quatre recueils parus en français parviennent à être très noirs tout en dégageant une étonnante et bizarre gaieté… https://charybde2.wordpress.com/2014/02/09/note-de-lecture-sur-les-nerfs-larry-fondation/ https://charybde2.wordpress.com/2015/03/22/note-de-lecture-criminels-ordinaires-larry-fondation/ https://charybde2.wordpress.com/2015/03/23/note-de-lecture-dans-la-deche-a-los-angeles-larry-fondation/ https://charybde2.wordpress.com/2016/08/10/note-de-lecture-effets-indesirables-larry-fondation/

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      1. A vrai dire je n’ai encore rien lu mais j’assiste régulièrement à des présentations de maisons d’édition par leurs éditeurs et c’est la prochaine maison sur la liste. C’est toujours une occasion d’acheter l’un ou l’autre ouvrage. Avez-vous d’autres conseils de titres ? Je trouve le travail graphique des couvertures vraiment intéressant.

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      2. Le dernier en date, mais aussi La Nuit aveuglante de André de Richaud ou encore Escal-Vigor de Georges Eekhoud et enfin Le Voleur de voitures de Theodore Weesner… Intéressant ces présentations de maisons d’édition. Quelle chance 🙂

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