L’âme et la Langue, de Dezso Kosztolanyi

L’âme et la Langue, de Dezso Kosztolanyi (Vagabonde) — ISBN-13 : 9782919067213 — 160 pages — 16 € — Genre : Critique. ✮✮✮✮

deszo

« L’âme et la langue », de l’auteur hongrois Dezso Kosztolanyi, n’est pas le titre d’un roman, mais celui d’un essai, ou plutôt, il s’agit ici d’un ouvrage qui réunit une sélection de textes publiés à son époque dans des revues et journaux hongrois. Le thème central est la langue et d’ailleurs le très beau titre de ce recueil est celui d’un article écrit par Dezso Kosztolanyi.

Il aurait mieux valu me laisser un peu sur ma faim. Écrire, c’est comme manger : il faut cesser sitôt atteint le sommet du plaisir.

J’aime ce genre d’essai dans lequel un auteur s’expose en parlant d’un sujet qui lui tient à cœur. Forcément, la réflexion est parfois pertinente, caustique, mais aussi il arrive que l’on ne soit pas d’accord. Toujours est-il que lorsque la passion entre en jeu on n’est pas toujours objectif, mais peu importe, d’autant plus que dans ce recueil l’auteur sait garder une certaine distance afin de mieux nous faire partager sa pensée. L’auteur hongrois parle de l’éthique de l’écrivain, mais aussi de celle du critique, etc. Ce dernier aborde la question de la beauté d’un texte, d’un récit, d’un poème et de l’écriture d’une manière générale. Dezso Kosztolanyi nous parle de la langue et de sa complexité et de tant d’autres sujets qu’il est difficile de tous les aborder. Le mieux est, je pense, que je cite plusieurs passages pour vous faire une idée…

Il n’y a rien de plus navrant qu’un critique qui raconte ce qu’il a lu, et rien de plus écœurant que de le voir s’enthousiasmer à propos d’un livre en imitant son style pour le « décrire ».

La citation ci-dessus est particulièrement croustillante.

La forme, c’est la matérialisation de l’esprit, de l’âme. Au sein même de notre réalité corporelle, nous sommes tous des esprits ou des âmes. Si un bon romancier, là où il le faut, parvient à décrire un peu de mots son personnage en écrivant que « ses gestes sont hésitants » ou que « son visage est pâle », nous sentons que l’esprit de celui-ci est fatigué, son âme est malade. Moi aussi c’est ainsi que je procède avec les œuvres littéraires.

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Une revue française adresse cette question mi-niaise mi-plaisante aux personnalités de la vie littéraire : quels sont, pour vous, les dix mots les plus beaux ? À cette question, on ne saurait répondre sérieusement. C’est comme si on nous demandait quelle est la plus belle note d’un piano. Tout dépend du rapport des notes entre elles et de notre état du moment.

Ce livre est de ceux que l’on garde auprès de soi, sur sa table de chevet. C’est un livre pour tous ceux qui aiment lire, écrire et qui s’intéressent à la beauté poétique d’un texte. C’est un livre fait pour les blogueurs critiques littéraires…

La lutte pour la vie ne s’arrête jamais. Elle est également présente lorsque nous nous saluons les uns les autres en souriant, ou que nous nous lancions çà et là des compliments. La politesse aussi n’est que l’une de ses armes. Elle est comme la griffe que le fauve rétracte dans sa patte de velours, mais qu’il tient constamment prête pour, en cas de besoin, la ressortir pour blesser plus ou moins gravement.

Qui aime ce type d’essais à la fois pertinents et impertinents ?

Lorsque je parle dans une autre langue, je me sens toujours quelque peu intimidé, mais aussi plus audacieux, plus direct. Je me vois spolié, certes, du pouvoir de jouer sur les silences entre les mots, ou sur la nuance la plus infime. Cela me donne toutefois une certaine liberté.

(33 commentaires)

  1. Fut un temps où je lisais avec beaucoup de plaisir ce genre d’essais en amour avec les mots, l’écriture, la langue. Par exemple je me souviens de l’enthousiasme que j’avais eu en lisant Le pays de l’écriture, de Silvia Baron Supervielle, et d’autres… oui, on se régale à lire ce genre de livre.

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  2. Je suis souvent tentée par ce genre d’essais mais je ne les lis pas jusqu’au bout. Car je crois qu’il faut les lire par petites doses . Surtout s’il s’agit d’articles réunis dans un ouvrage.

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  3. Je lis que très peu d’essai, car il faut que le sujet m’intéresse vivement pour rester accrocher mais je reconnais que certains textes sont fort appréciable et que l’on apprend énormément de choses. Celui-ci me tenterai beaucoup de par son sujet =)

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  4. J’aime les essais mais il est vrai que j’en ai énormément lu adolescente et jeune adulte… Je suis d’accord avec laboucheà oreille, les citations choisies sont bonnes. Je le lirai donc avec grand plaisir. Je note. Bonne journée Goran.

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  5. Bonjour Goran, permets-moi tout d’abord d’utiliser cet espace pour te souhaiter une excellente année, beaucoup de bonnes lectures et un billet sur Anatole France bientôt :-). Quelle belle entrée en matière que le choix de cet auteur et de ce livre ; je le note tout de suite. J’aime beaucoup les essais en général et je trouve que les extraits choisis témoignent d’une langue très imagée qu’on a envie tout de suite de découvrir. Merci !

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      1. Que j’avais récemment entendu parler de Dezso Kosztolanyi et de ce texte en particulier, et que je me demandais s’il n’était pas un peu complexe, sachant qu’un roman vient également de paraitre chez Cambourakis…

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      2. Je ne savais pas pour le roman qui vient de sortir, merci… Pour ce qui est de cet essai, je ne l’ai pas trouvé particulièrement compliquer. On peut piocher des phrases ici et là, ce n’est pas un essai philosophique…

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  6. Je lis rarement ce genre d’ouvrage, et le peu de fois où j’en ai lu j’ai été assez déçue : je n’ai pas souvent envie que l’on me décortique la beauté d’un texte dans un essai par exemple (cela m’avait fait cet effet dans un petit livre sur la poésie de Victor Hugo). Cependant, les extraits que tu cites sont vraiment très beau, et plutôt que de décortiquer la beauté des écrits d’un autre, l’auteur crée à nouveau quelque chose de beau me semble-t-il… Bref, en résumé, tu me donnes très envie de lire ce livre 😉

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    1. « plutôt que de décortiquer la beauté des écrits d’un autre, l’auteur crée à nouveau quelque chose de beau » tu résumes mieux que moi le livre et sans même l’avoir lu… 🙂

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