Oui, de Thomas Bernhard

Oui, de Thomas Bernhard (Gallimard) — ISBN-13 : 9782070401864 — 176 pages — 6,50 € — Genre : Promenade solitaire. ✮✮✮✮✮

oui

Avant toute chose, je tiens à remercier Marie-Anne du blog https://laboucheaoreilles.wordpress.com pour m’avoir offert ce livre. J’ai lu plusieurs romans de l’auteur autrichien Thomas Bernhard et j’aime beaucoup cet écrivain, mais ce dernier titre offert est sans doute maintenant celui que je préfère. Encore une fois merci.

Dès les premières lignes du roman de Thomas Bernhard, nous sommes emportées par un flot de paroles rageuses qui ne cesse de nous agresser. Effectivement, le premier point, synonyme ici de premier répit, n’arrive qu’après plusieurs pages. Et nous voilà sacrément remuées avant que l’auteur ne prenne un rythme plus lent (pour ne pas dire plus normale). Cependant, l’auteur autrichien ne cessera tout au long de son roman d’alterner les phrases très longues et ensuite plus courtes, afin de toujours nous tenir en haleine par le narrateur, un narrateur qui crie son dégoût… Et qui est cet homme qui se raconte, qui nous ouvre son cœur et son âme ? Il s’agit d’un homme seul et qui regrette parfois l’être, mais pas trop souvent quand même. Il s’agit d’un nihiliste, d’un misanthrope qui ne croit en rien et en personne, mais d’un homme conscient de ses tourments. Alors ce dernier a certes des amis qui vivent pas loin de chez lui, mais ils sont aussi très peu nombreux, il n’y en a que trois. De plus, le narrateur passera parfois plusieurs mois avant de voir qui que ce soit, et ce sans même s’en rendre compte, trop préoccupé à analyser sa vie, sa situation et ce qui l’entoure. Dans « Oui », il y a bien une intrigue et une chute, mais ce n’est pas le plus important dans ce livre. Non, c’est l’écriture et la pensée de l’auteur qui importe. Le roman de Thomas Bernhard n’en est pas véritablement un, ce n’est pas un livre qui raconte une histoire, il s’agit plutôt d’un monologue, celui de l’auteur, je voulais dire celui du narrateur… Est-ce un lapsus révélateur ? Oui, on peut faire des lapsus à l’écrit, vous ne saviez pas ? Il faut savoir que Thomas Bernhard n’a eu de cesse, dans toute son œuvre, de cracher son venin sur ses compatriotes autrichiens. Aussi, dans ce roman Thomas Bernhard ne se prive pas pour égratigner les siens tout en parlant de l’homme d’une manière générale. Le narrateur parle aussi de son désir d’en finir avec la vie, le suicide est même le sujet principal. « Oui », de Thomas Bernhard, est un roman percutant, un roman qui gifle et gicle, tel un torrent qui s’échappe avec fracas. Le texte de l’auteur autrichien est sombre et noir, mais oui c’est extrêmement revigorant de lire ce genre de livre qui ouvre l’esprit, qui montre ce que personne ne veut voir. Oui j’adore ce genre de texte, oui je me sens bien mieux après une telle lecture, oui c’est beau, oui, oui et encore mille fois oui !

« D’un côté, pour celui qui vit par l’esprit, la nécessité de s’enfermer au nom de son travail scientifique est la plus primordiale de toutes les nécessités, mais, d’un autre côté, le grand danger est qu’on s’enferme d’une manière beaucoup trop radicale, et qui, en fin de compte, ait un effet non plus stimulant, mais inhibant, et même destructeur sur ce travail intellectuel, et, à partir d’un certain moment, ma réclusion loin du monde au nom de mon travail scientifique avait justement eu sur ce travail scientifique un effet destructeur. »

Thomas Bernhard est l’un de mes écrivains préférés et en même temps l’un de ceux (parmi lesquels je préfère), que je connais le moins bien. Il me reste par conséquent encore plusieurs livres à découvrir de l’auteur autrichien. Quelle chance ! La construction de ce roman que je chronique est à couper le souffle, le style est vertigineux, la narration est vertigineuse, on tombe de haut comme lors d’un saut en parachute et on ne peut s’accrocher à rien. « Oui », de Thomas Bernard, n’est pas un hymne à la vie, mais plutôt une ode à la mort. Pour conclure, sachez que le livre est relativement court, il fait environ 180 pages et il se lit très rapidement. J’ai eu l’impression que c’est l’auteur qui a rythmé la vitesse de ma lecture de bout en bout.

Qui aime les monologues désespérés ?

(13 commentaires)

  1. Voilà un auteur qui m’intéresse mais dont je n’arrive pas à lire un livre. Trop de venin peut-être, trop de noirceur pour un seul homme. Mais je cherche l’antidote qui me fera enfin entrer dans son écriture. Une chose est certaine, je n’abandonne pas… un jour peut-être.

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