En route vers la fin, de Gerard Reve

En route vers la fin, de Gerard Reve (Phébus) — ISBN-13 : 9782752903730 — 236 pages — 21 € — Genre : Lettres. ✮✮✮✮

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Il y a quelques années de cela, j’ai découvert la littérature néerlandaise grâce au cinéma. Après avoir visionné le film « Turkish Délices » de Paul Verhoeven, je me suis simplement dit que si les Pays-Bas pouvaient nous offrir des réalisateurs de ce calibre, ils devraient, en toute logique, aussi avoir de grands écrivains.

Après mes recherches, j’apprends l’existence de Gerard Reve, un écrivain néerlandais dont le livre « Le quatrième homme » fut adapté au cinéma par Paul Verhoeven. Je ne pouvais être que comblé !

De plus, Gerard Reve n’est pas seulement l’auteur d’un roman sulfureux adapté au cinéma, non, Gerard Reve, c’est surtout celui qui est considéré comme l’un des trois grands auteurs néerlandais, au même titre que Willem Frederik Hermans et Harry Mulisch (principalement connut en France pour son titre « La découverte du ciel »). Malheureusement, très peu traduits en français, les livres de Gerard Reve sont aussi pratiquement tous en rupture de stock. Et cet état de fait est regrettable tant j’aime le style de l’auteur. Gerard Reve est un écrivain qui exprime avec une verve inimitable sa rage, son dégoût de l’homme enfermé dans son carcan, celui d’un monde matérialiste, il s’agit d’un auteur subversif qui a produit une œuvre littéraire souvent controversée et scandaleuse. L’écrivain néerlandais semble être un misanthrope assumé et qui se moque de tout et de tout le monde, c’est un rebelle dans l’âme. Et j’aime les rebelles, les libres penseurs. Je vois un peu d’Henry Miller dans le style littéraire percutant et anticonformiste de Gerard Reve. Sauf que même Henry Miller ne trouve pas grâce aux yeux de l’auteur hollandais dans le livre « En route vers la fin ». Mais de quoi est-il question dans ce livre de Gerard Reve ?

À la onzième, je craque. « C’est ça, vieille pute », dis-je en néerlandais, avec un hochement de tête bienveillant, à un travesti écossais couvert de décorations, qui m’offre, entre ses dents brunies et à moitié ravagées, son verbiage en plus de sa salive. « I beg your pardon ? » Je m’explique : « Conneries, voulais-je dire. Vous ne faites que rendre les choses encore plus merdique. (…) »

Ainsi ce sont six lettres, autrefois publiées séparément dans la revue littéraire « Tirade », qui sont réunies dans cet ouvrage intitulé « En route vers la fin » et devenu culte aux Pays-Bas. Effectivement, lorsque ces dernières furent sorties au début des années 60, elles restèrent relativement confidentielles. Aujourd’hui, comme il est indiqué sur la quatrième de couverture, « En route vers la fin » est un livre auquel les Néerlandais ne cessent de se référer. Mais de quoi est-il question dans ces lettres qui s’apparentent, selon moi, plus à des nouvelles ? Gerard Reve nous raconte ses séjours à l’étranger et de sa vie à Amsterdam, il ne cesse de pérorer sur ce qui l’entoure et voit. Dans le premier texte, Gerard Reve part en Écosse assistée à une série de conférences littéraires, il raconte son dégoût des discours creux et insignifiants qu’il entend, il ironise sur les situations ubuesques auxquelles il assiste et il parle brièvement d’Henry Miller qu’il compare à un vieux phallus embourgeoisé. J’ai souri à cette comparaison, d’autant plus que je connais très bien l’œuvre d’Henry Miller que j’aime beaucoup. Dans « En route vers la fin » Gerard Reve se raconte, se met en scène, s’exprime sur des sujets aussi importants qu’insignifiants, il a un avis sur tout. Ce recueil de lettres est une œuvre un peu condescendante et qui par conséquent ne conviendra pas à tout le monde. Pour conclure, je dirais que j’ai préféré « Parents soucieux » (un roman de l’auteur néerlandais bien plus sombre et presque malsain), à ce recueil de lettres qui a perdu, au cours des ans, de sa subversion. Mais « En route vers la fin » est, malgré tout, un très grand livre.

Qui aime les auteurs et les œuvres littéraires révoltées ?

(22 commentaires)

  1. Bon, je le lirai pas, c’est sûr (je note cette certitude aujourd’hui à… 10h25). Mais j’aime décidément lire tes critiques.
    J’ai lu La procédure, de Mulisch, il y a longtemps. J’avais beaucoup aimé.

    Aimé par 1 personne

    1. Ce n’est pas une correspondance, mais ce sont plutôt des lettres type journal intime… Il parle de tout et de rien, de sa vie aux Pays-Bas, de son voyage en Écosse etc. etc. Quand je dis que ce n’est pas une correspondance, c’est qu’il n’y a pas de réponse aux lettres qu’il écrit…

      Aimé par 1 personne

  2. Révolté, révolté…Moui, pas vraiment…Si le propos est brut, pas réfléchi, ça ne me plaît pas. Gueuler pour gueuler ça va 2 minutes ^^
    J’aime les personnages misanthropes, mais les écrivains misanthropes…bof bof, mélancoliques, oui, haineux, non.
    Enfin, tout ça pour dire que je n’ai jamais lu de littérature néerlandaise…il faudrait que je m’ouvre plus.

    Aimé par 1 personne

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