Nuages flottants, de Mikio Naruse

Nuages flottants, de Mikio Naruse — Japon 1955 — Genre : L’amour peut attendre. ✮✮✮✮✮

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Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’un film japonais, car cela fait longtemps que je n’ai pas parlé de cinéma japonais sur mon blog et aussi et surtout, car je sais que mes très chères lectrices et lecteurs aiment, tout autant que moi, les films venant du pays du soleil levant. Non ? Enfin, je l’espère…

D’ailleurs, une fois n’est pas coutume, je vais poser ma question tout de suite et elle n’a rien à voir avec le film que je vais critiquer. Mon prochain billet cinématographique, le voulez-vous pour un film originaire de quel pays ? J’essaierai de faire le tri parmi les réponses que j’obtiendrai…

Une femme végète dans les rues d’un Tokyo en ruine. Cette dernière recherche l’homme d’un passé pas si lointain, il s’agit de l’unique homme de sa vie, celui auprès de qui, envers et contre tout, elle souhaite vivre et finir ses jours. La Seconde Guerre mondiale est terminée, le Japon (défait et sous les décombres), vit de terribles moments… La population japonaise est elle sous le choc, l’ambiance n’est pas à la fête, tout est triste et morose dans ce lendemain de guerre. Le moral n’est pas au beau fixe et celui de Yukiko Koda vit dans l’espoir de retrouver son amant Kengo Tomioka. En poste en Indochine pendant la guerre, Yukiko et Kengo se sont ardemment aimés. Aussi, alors que Kengo avait promis à Yukiko de quitter sa femme pour elle après la guerre, celui-ci refuse dorénavant d’honorer son serment.

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Kengo renonce à abandonner celle qui l’a attendu fidèlement durant plusieurs années, c’est ce qu’il explique à sa maîtresse et lui demande de l’oublier à tout jamais. La prise de position de Kengo peut sembler noble et courageuse, sauf que ce dernier continue à tromper son épouse, mais avec des femmes bien plus jeunes, ce sont elles qui ont sa préférence maintenant, mais il n’oublie pas pour autant son ancienne maîtresse à qui il rend visite de temps en temps. Kengo est un homme lâche qui refuse d’assumer ses actes, c’est un homme triste. Pour son plus grand malheur, Yukiko continue d’espérer reconquérir son ancien amant. Certes, cette dernière n’est plus dupe, elle commence à comprendre l’état d’esprit de Kengo, mais elle refuse de renoncer. De plus, pour vivre et survivre dans ce Japon détruit, Yukiko se vend à un G.I. américain et elle continue de côtoyer, bon gré mal gré, celui qui l’a jadis déflorée par un viol. Pour oublier son quotidien, Yukiko boit plus que de raison, noie son chagrin dans la douce chaleur du saké, elle parle de la mort et du suicide avec son éternel amant.

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« Nuages flottants » est un mélodrame japonais réalisé en 1955 par le cinéaste Mikio Naruse. Ce dernier (né deux ans après Yasujirô Ozu) n’est malheureusement pas très connu en Occident, alors qu’il réalisa 89 films tout au long de sa carrière. Pour en revenir au film, « Nuages flottants » est une œuvre extrêmement noire, les scènes heureuses n’existent quasiment pas dans ce film et celles-ci se finissent toujours mal. Le temps présent est toujours malheureux dans ce long métrage, tandis que le temps passé, que l’on découvre grâce à de nombreux flash-backs, montre une époque plus heureuse, certes, mais pas toujours. De plus, ce chef-d’œuvre japonais des années 50 transpose brillamment le réalisme social d’un pays détruit par la guerre. La réalisation est sobre et lente, elle progresse en douceur, comme pour mieux rendre compte de la cruauté et du désespoir ambiant. Et rien ne nous sera épargné dans ce film aux multiples rebondissements et thèmes (l’adultère, la guerre, la pauvreté, l’amour, la maladie). « Nuages flottants » marqua tellement le grand Yasujirô Ozu que ce dernier doutait pouvoir réaliser un film aussi émouvant. Et comment ne pas être touché par ces amants malheureux au regard fuyant ?

(24 commentaires)

    1. Bonne idée pour les films chinois… Je n’ai pas lu le livre, j’aurais dû le lire avant d’avoir vu le film, car maintenant je ne le lirai probablement pas… Je n’aime pas trop lire un livre après avoir vu le film.

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  1. J’avais lu le livre, qui m’avait particulièrement marquée à cause de sa noirceur. Le film a donc l’air fidèle ! Il faudrait que je le voie.
    Sinon, je n’ai pas de destination préférée pour les films, je te fais confiance pour tes prochaines chroniques 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Très belle critique ! films chinois, sud-coréen (par exemple Le vieux jardin), japonais (par exemple L’ile nue, ou Tampopo), russe (par exemple n’importe quel film de Tarkovski (j’adore Tarkovski), italien, iranien, mexicain… philippin, dis-tu ? bien bien.

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  3. En effet, comment ne pas être touché?
    Et pour le pays du prochain film, j’aurais opté pour un pays de l’Est de ton choix. (Comment ça ça ne te surprend pas? ^^ )
    Ceci dit, je ne suis pas contrariante, les Philippines me conviendront aussi…

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