New York esquisses nocturnes, de Molly Prentiss

New York esquisses nocturnes, de Molly Prentiss (Calmann-Lévy) — ISBN-13 : 9782702159569 — 416 pages — 21,50 € — Genre : #MRL16. ✮✮✮✮✮

molly

J’avais dit que je ne publierais pas de mauvaises critiques sur ce blog et j’ai tenu parole jusqu’ici, vous en conviendrez. Malheureusement, je vais être obligé de déroger à ma règle, car j’ai reçu « New York esquisses nocturnes » de Molly Prentiss dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire. Effectivement, l’une des conditions de cette opération, qui est organisée par le site PriceMinister, est que je doive publier mon avis du livre sur mon blog.

Aussi, rédiger une mauvaise critique de ce livre m’ennuie d’autant plus que j’ai été parrainé (pour participer aux Matchs de la rentrée littéraire) par la talentueuse, gentille et charmante Mokamilla du blog aumilieudeslivres. Merci à toi très chère marraine. D’habitude, je me trompe rarement lorsque je choisis un livre et il a fallu que cela tombe sur celui-ci. « New York esquisses nocturnes » de Molly Prentiss a pourtant une excellente presse et ce roman avait tout pour me plaire. En effet, l’action du livre se déroule dans le milieu artistique du New York des années 80. Ainsi, l’auteure américaine nous esquisse (pour reprendre le mot du titre) l’univers de trois personnages qui s’aiment et au destin tragique dans le New York exaltant des années 80 et dans lequel tout est possible malgré la crasse des squats tous azimuts. J’ai cru que j’allais retrouver un univers entre Paul Auster et Henry Miller, mais je n’ai senti ni l’un ni l’autre dans ce premier fade roman qui m’a déçu.

Je n’ai jamais réussi à accrocher aux personnages et à l’histoire à cause du style d’écriture de Molly Prentiss que j’ai trouvé froid, distant et un peu trop mécanique. L’ensemble du récit manque de rage, de fureur et d’émotions et alors que le livre est censé merveilleusement montrer l’univers new-yorkais des années 80, j’ai trouvé que l’histoire manquait de passion, de cette passion qui vous enveloppe lorsqu’un auteur sait mettre ses tripes dans son histoire. Je n’ai été porté par aucune émotion fiévreuse, malgré quelques effets stylistiques qui me semblent être là juste pour montrer que l’auteur sait écrire, et rien d’autre. Le texte est maîtrisé, certes, mais il est aussi plutôt superficiel et assez froid. Le fond et la forme servent à mettre en scène le cool d’une époque et d’une vie à laquelle on devrait être nostalgique. J’aime ressentir ce sentiment et je n’ai rien ressenti de tel. Ce n’est pas de la nostalgie que j’ai eue en refermant le livre, mais de l’agacement pour une histoire sans saveur. Ce livre manque de sel comme un plat raté chez McDonald’s ! Rien ne colle malgré les scènes de sexe qui manque de moiteur. J’aime les romans d’ambiance et à l’atmosphère pénétrante, c’est ce que j’ai espéré retrouver dans l’œuvre de Molly Prentiss qui parle bien des années 80, mais sans consistance. Il y a bien des éléments tragiques dans ce roman, mais je n’ai jamais réussi à pleinement m’y intéresser.

« On a quel âge quand on meurt ? » Fut la première question qu’il posa à sa mère, laquelle, incrédule, abattit sur lui sa tapette à mouche rose saumon avant de s’exclamer :
– Putain, tu te fous de moi ou quoi ?
– Non, répondit James, qui préparait déjà mentalement sa question suivante : pourquoi je suis né ? »

À chaque fois, j’ai eu l’impression que tout tombe à plat. On retrouve du cynisme, car il en faut, on retrouve de la dureté, car il en faut, on retrouve du sexe, car il en faut, on retrouve du drame, car il en faut, mais à chaque fois ces assemblages me paraissent bien artificiels. Tout sonne faux et surfait. L’auteure américaine énumère ses connaissances artistiques sans profondeur comme on le ferait sur Twitter. Tout est cool et tout est fait pour sembler cool dans cette histoire du paraître et écrit dans le style d’aujourd’hui, celui du paraître. Il aurait d’ailleurs fallu rajouter quelques « hashtags » au texte pour le rendre encore plus cool. Le récit de Molly Prentiss ferait un excellent scénario pour un téléfilm produit et diffusé par M6 un après-midi pluvieux, car sinon on ne regarde pas. Et que dire des dialogues ? Ils sont affligeants et insipides. Il y a au moins une bonne idée dans ce roman avec le personnage atteint de synesthésie, mais ce n’est vraiment pas suffisant pour faire un livre, c’est même à peine assez pour remplir la rubrique du journal préféré de Kim Kardashian.

Je ne comprends absolument pas que la presse soit aussi dithyrambique. Je n’ai trouvé aucune mauvaise critique pour ce livre, il y en a peut-être, mais je n’ai pas trouvé. C’est peut-être moi qui ai raté quelque chose, mais je ne pense pas… Enfin, bien entendu, cet avis n’engage que moi.

Vous est-il déjà arrivé d’être déçu par un livre que tout le monde semble aimer ? Préférez-vous mes critiques assassines ou bien celles que je rédige habituellement ? Pourquoi dans la citation que je donne finit-elle avec un guillemet fermant sans qu’il y en ait un d’ouvrant ?

(40 commentaires)

  1. Une mauvaise critique mais qu’est-ce qu’elle est bonne ! Moi, elle me plait cette critique, tu es bon dans l’incisif, sais-tu ? Tu devrais en faire plus souvent des comme ça. Cette critique apporte une autre vision de ton blog, si le roman manque de tripes, ta critique au contraire n’en manque pas. On voit que ça monte en volume, que ça démange de l’intérieur. Ça donne presque envie de lire le livre, histoire d’y aller voir le manque de moiteur et l’excès de fadeur.

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    1. Hehe, Ce matin avant de publier j’ai retiré quelques phrases… J’ai laissé les plus gentils… 🙂 Je dois être l’un des rares à ne pas aimer ce livre. Je n’ai lu que des avis élogieux.

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  2. J’ai du mal en général avec les critiques assassines car il est trop facile de juger une œuvre qui a pris des mois voir des années en 1h caché derrière un écran, mais la tienne ne l’est pas! Tu donnes ton avis sans lyncher sur un roman que tu n’as pas aimé, c’est ton droit, c’est ça aussi l’art, et ça permet d’ouvrir des débats passionnants. Je ne l’ai pas lu je ne pourrais donc pas en parler avec toi, mais ce que tu dis fait sens et me donne même envie de le lire. Je comprends tout à fait que tu aies regretté le manque de passion, je suis pareille j’ai besoin de sentir des flots déchainés. Pour répondre à ta question sur la déception d’un roman, je n’ai jamais réussi à aimer Gatsby, peut-être parce que j’ai du mal avec le concept de la pauvre petite fille riche. Ensuite il y a des auteurs adorés par tous dont aucun romans ne m’a plu et j’ai une politique un peu étrange. Quand j’ai destesté le roman d’un « grand » (par là j’entends que tout le monde adore) auteur, je lis trois romans de lui et si je n’en ai aimé aucun, je peux me permettre de dire ouvertement que je n’aime pas ce romancier. Ça parait un peu con dit comme ça mais c’est ce que je fais. Du coup clairement Proust, Flaubert, Marc Levy je ne peux pas c’est au dessus de mes forces (surtout Levy). En grande déception il y a aussi Barjavel, j’ai lu La nuit des temps qui est un de mes romans favoris, mais je déteste ses autres livres, j’ai jamais pigé pourquoi.

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    1. Certes, généralement je passe sur les livres que je n’ai pas aimés… Mais j’essaye toujours d’argumenter sans trop en dire non plus… Mettre Flaubert au même niveau que Lévy 🙂 je plaisante, tu as parfaitement le droit de ne pas aimer, moi je n’ai pas aimé « la nuit des temps » 🙂 En tout cas, je trouve carrément bien de lire trois romans d’un auteur avant de pouvoir le rayer définitivement de sa liste des auteurs préférés 🙂

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      1. Oui mais c’est plutôt stupide comme règle de vie, j’avais par exemple fait ça avec Frédéric Beigbeder et pour le travail j’ai du lire Oona & Salinger qui m’a fait changer d’avis. Et si j’avais commencer par d’autres romans pour Barjavel je n’aurais jamais lu La nuit des temps qui fait parti de moi depuis l’adolescence (qui n’est pas si lointaine diantre).

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  3. Noooooooooooooon j’ai raté les matchs de la rentrée littéraire 😥 J’y avais participé l’année dernière, je suis dégoûtée !
    Bref…Moi je suis d’avis qu’il est toujours utile de critiquer des livres, que ce soit en négatif ou en positif, alors pourquoi se priver ? Et puis, tu ne peux pas aimer tous les livres que tu lis non ? Tant que c’est argumenté je ne vois pas où est le problème 🙂

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  4. Je ne te sens pas particulièrement assassin dans cette critique. Au contraire. Tu argumentes, livres tes impressions de lecture et rien n’apparaît comme gratuit ou dans l’idée de dézinguer sans vergogne l’auteur.
    (En tout cas, je suis ravie de t’avoir sélectionné parmi mes blogueurs préférés, mais, il aurait fallu suivre ma sélection cher Goran en choisissant un de ses titres… Je pense que « Le Garçon » sous la plume de Malte aurait pu te plaire. ^^)
    Je n’ai pas lu ce titre-là, mais j’avoue que ton article me pousse à filer vers d’autres rives…

    Quant à ta question sur les critiques négatives, je prends évidemment le temps de me consacrer au mieux aux livres qui m’ont plu mais je trouve que les critiques moins élogieuses ont tout à fait leur place aussi sur nos blogs. Et encore plus si le titre fait l’unanimité, il faut aussi savoir entendre les voix dissonantes. Et quand c’est bien fait, cela rend d’autant plus compte de la diversité des lecteurs qui se cachent derrière leur écran.

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  5. Avec ces matchs (auxquels je n’ai jamais participé) on est obligé de donner son avis, mais pas forcément un bon avis, ce qui est acceptable. Le bouquin m’avait été proposé par l’éditeur, un instinct assez sûr en général ne me l’a pas fait choisir. J’ai rencontré l’auteur au festival america, sans flash particulier;
    Bon, tu argumentes, alors ça va. On peut juste remarquer que les billets négatifs sont souvent plus amusants à lire que les billets positifs, c’est cruel, mais c’est comme ça. Pour ma part j’avais bien lynché (et en me retenant encore!) La couronne verte de L Kassichke mais depuis j’ai lu Les revenants et suis revenue(!) à de meilleurs sentiments. La règle des trois romans n’est pas mauvaise, finalement (et ne cherche pas à me refiler Dosto, j’ai tenté trois bouquins je pense).
    En règle générale, quand je n’aime pas u n bouquin, je l’abandonne, mais pour toi ici ce n’était pas possible (si c’est un envoi éditeur, on peut toujours les prévenir discrètement)

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  6. Je ne vois pas en quoi ta chronique serait assassine. Tu as reçu un livre certes, mais tu as ton libre arbitre et tu as le droit de ne pas aimer certains romans.
    Ici tu nous expliques pourquoi cette lecture ne t’a pas convaincue et c’est très bien. Je trouve que justement cela donne plus d’authenticité à ton blog, car on ne peut pas tout aimer et c’est important d’affûter ces goûts en positif comme en négatif !
    Pour ma part ce roman m’a plu. J’ai été touchée par ces personnages et j’ai d’autant plus apprécié cette montée en puissance lente pour terminer en descente en enfer. Comme quoi tous les goûts sont dans la nature ^^

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  7. Je crois bien que je n’ai pas encore rédigé de chronique négative… Même si j’aime plus ou moins un bouquin, j’essaye de faire ressortir les aspects positifs… Ton billet est bien car tu ne tombes pas dans des attaques personnelles…

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  8. Ta critique m’a semblé assez convaincante. Personnellement, quand je n’aime pas un livre ça ne me gêne pas de lui consacrer un mauvais article – après tout c’est la règle du jeu. Et puis, il parait que pour un livre il vaut mieux une mauvaise critique que pas de critique du tout …

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  9. Une chronique assassine, est, selon moi, une critique négative et malhonnête, quand le lecteur prend plaisir à dénigrer l’oeuvre en toute mauvaise foi… Ce n’est pas le cas ici : la critique est sévère, mais honnête. Et puis, si tout le monde aimait tout, ce serait d’un ennui…

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  10. Tu m’as fait rire avec ta chronique, et j’ai compati, on ressent ta souffrance à avoir lu ce livre et être déçu, 416 pages quand même !
    C’est effectivement inconfortable de devoir chroniquer un livre que l’on n’a pas aimé, cela ne m’est pas encore arrivé, je croise les doigts…
    Mais c’est vrai que ta chronique donnerait presque envie de lire le livre, pour se faire une idée 😀

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