Kamouraska, de Anne Hébert

Kamouraska, de Anne Hébert (Points) — ISBN-13 : 9782757803998 — 245 pages — 6,90 € — Genre : Sur la route de Kamouraska. ✮✮✮✮

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« Kamouraska », c’est l’histoire d’un voyage, d’un voyage vers le souvenir du temps passé, mais aussi du temps présent, d’un voyage vers la douleur d’hier, mais aussi de celle d’aujourd’hui, d’un voyage vers l’amour, mais des amours semés d’embûches et parfois interdits. « Kamouraska », c’est l’histoire d’un voyage vers un pays lointain, froid et presque oublié.

Rédigé par Anne Hébert, « Kamouraska » (publié en 1970) est considéré comme un des grands romans de la littérature québécoise. Aussi, dans ce livre à la construction alambiquée où les différents narrateurs se croisent, passent et repassent sans jamais s’annoncer, le récit, grâce à l’excellente plume d’Anne Hébert, n’en reste pas moins fluide. Certes, dans « Kamouraska » la narration non linéaire est complexe, mais elle est aussi riche en émotions et captivante. Ce roman d’Anne Hébert en raison de sa construction, mais pas seulement, m’a fait penser à un autre chef-d’œuvre de la littérature québécoise : « Prochain épisode », d’Hubert Aquin. Dans les deux romans les récits s’enchevêtrent, dans les deux romans les personnages sont torturés, hallucinés, dans les deux romans il y a la mort.

« L’apaisement qui suit l’amour. Son épuisement. Nous refusons encore d’ouvrir les yeux. Dans un chuchotement d’alcôve nous discutons de la mort d’Antoine. Nous en arrivons là tout naturellement. Nos deux corps à peine reposés après l’amour fou. Tout comme si cet instant paisible, cette trêve ne nous était accordée que pour déboucher sur une frénésie plus violente encore. Tout comme si le meurtre d’Antoine n’était que pour nous que le prolongement suprême de l’amour. »

Effectivement, la mort et la peur rythment l’histoire de ce roman. Il y a la mort des hommes de l’épouse, tour à tour bafouée et aimante, mais il y a aussi la peur d’une femme à cause d’un passé qui semble se répéter et la rattraper. « Kamouraska » est un roman sombre qui raconte l’histoire d’une femme qui a souffert, d’une femme qui n’a jamais pu complètement oublier ni guérir, et ce, malgré un second mariage salvateur. Anne Hébert réussit grâce à son histoire à brasser de nombreux thèmes, comme celui de l’amour et de la mort, mais aussi de l’adultère, de la religion, du poids de l’éducation, de la souffrance et de la reconstruction… Dans « Kamouraska », la psychologie des personnages est extrêmement fouillée, on ressent leurs peurs et leurs craintes, c’est un livre d’ambiance comme je les aime.

« Dehors, l’immensité de la neige, à perte de vue. Cette espèce de vapeur blanche, épaisse, s’élevant des champs, de la route, du fleuve, de partout où le vent peut soulever la neige en rafales. La poudrerie efface les pistes et les routes. La pensée de l’anse de Kamouraska, en vrille dans ma tête. La vibration de cette pensée faisant son chemin dans ma tête. La résistance de mes os. »

Enfin, il faut que je dise quelques mots sur le style d’écriture de ce livre. Dans un premier temps, l’ambiance est lente et mélancolique, mais très vite le rythme s’accélère. Anne Hébert réussit la chose extraordinaire de créer une ambiance, de décrire une situation, un lieu, un sentiment, par des phrases courtes. Comme chez Patrick Modiano, tout est dit en très peu de mots. Quel talent ! Dans « Kamouraska » les phrases se succèdent à un rythme effréné, tout comme les chapitres qui parfois ne dépassent pas trois pages. Paradoxalement, la construction de « Kamouraska » est, comme je l’ai dit précédemment, complexe. Anne Hébert sait nous emmener dans son univers, il faut lui faire confiance et se laisser emmener par sa prose sans résistance. Certes, ce roman d’Anne Hébert ne conviendra pas à tout le monde, mais si vous aimez les narrations alambiquées ce livre est fait pour vous.

Merci à Madame Lit de m’avoir, encore une fois, fait découvrir un grand livre.

Qui a déjà lu les romans d’Anne Hébert ? Qui aime les histoires non linéaires ?

(23 commentaires)

  1. Bravo pour cette belle chronique Goran! Je suis heureuse que tu aies aimé ce magnifique roman de neige, de folie, de passion, de mort… As-tu eu la chance de voir le film? Anne Hébert a rédigé le scénario..Merci de me replonger dans ce récit que j’aime tant! .

    Aimé par 2 people

      1. Oui, le film est bon. Il date de plusieurs années. Il a été réalisé par Claude Jutras, un grand réalisateur d’ici. Geneviève Bujold incarne une Élizabeth criante de vérité. Si un jour tu croises sa route, on ne sait jamais!

        Aimé par 1 personne

    1. Je me disais bien que le nom de cette auteure ne m’était pas inconnue! 🙂 C’est certainement sur ton blog que j’en ai entendu parler! J’avoue ne pas trop connaître la littérature québécoise et canadienne (bien qu’en France, nous ayons eu vent de « Jalna » de Mazo de la Roche! 😉 ), mais rien que le titre, « Kamouraska », me fait frissonner.

      Aimé par 2 people

  2. Eh bien moi j’aime beaucoup les narrations alambiquées alors ce roman m’attire ! Ton billet donne envie de se plonger dans l’écriture d’Anne Hébert, elle a l’air si belle…
    Je vais pouvoir y goûter prochainement avec la lecture des « Fous de Bassan », conseillé également par notre chère Madame lit 🙂
    J’ai hâte

    Aimé par 1 personne

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