Le Don paisible, de Mikhaïl Cholokhov

Le Don paisible, de Mikhaïl Cholokhov (Omnibus) — ISBN-13 : 9782258051379 — 1408 pages — 29 € — Genre : Guerre et guerre. ✮✮✮✮✮

ledon

« Le Don paisible » est un chef-d’œuvre de la littérature russe rédigée par l’écrivain soviétique Mikhaïl Cholokhov. Ainsi, ce roman a valu à l’auteur soviétique plusieurs prix littéraires prestigieux, comme le prix Staline, le prix Lénine et accessoirement le prix Nobel de littérature en 1965. « Le Don paisible » de Mikhaïl Cholokhov est ainsi, au même titre que « La Guerre et la Paix » de Léon Tolstoï, un roman-fleuve, une œuvre épique qui, sur environ 1300 pages, traite du sujet de la guerre et de ses horreurs… Cependant, la comparaison entre ces deux monuments de la littérature russe s’arrête là.

Le roman de Mikhaïl Cholokhov s’intéresse à la famille Cosaque Melekhov. Cette dernière vit sur la rive gauche du fleuve Don. Ainsi, le fils du patriarche (Grigori Melekhov) va tour à tour combattre (de la Première Guerre mondiale à la guerre civile russe), auprès des rouges et des blancs. Dans tous romans-fleuves russes la psychologie humaine est merveilleusement traitée et « Le Don paisible », de Mikhaïl Cholokhov, ne fait pas exception à la règle. Dans ce dernier, il y a de l’amour, il y a de la passion, il y a de la traîtrise, il y a de l’idéologie et il y a le personnage principal tiraillé par des choix difficiles : doit-il offrir son cœur à la femme qu’il aime et à quel camp doit-il abandonner son âme de guerrier ? Alors, le pauvre Grigori Melekhov lutte psychologiquement et physiquement afin de combattre ses ennemis. Mais qui sont-ils ? D’un côté, il y a l’ennemi identifié (celui qui tente de conquérir le cœur de celle qui plaît tant à Grigori) et, il y a l’ennemi difficilement identifiable dans cette guerre civile ravageuse. Qui est-il, d’ailleurs, l’ennemi ? Le peuple Cosaque auquel appartient Grigori Melekhov ou bien le nouveau peuple soviétique qui attend son heure de l’autre côté du fleuve Don ? Notre héros, à l’âme tourmenté, aura bien du mal à se décider…

« Sabre les hommes sans crainte. L’homme, c’est mou comme de la pâte, prêchait le Touffu, les yeux rieurs. Ne te demande ni le pourquoi ni le comment. Tu es Cosaque, ton affaire c’est de sabrer sans rien demander. Tuer un ennemi au combat, c’est une chose sainte. Pour chaque mort, Dieu te rabat un péché, comme pour chaque serpent écrasé. Il ne faut pas tuer une bête sans raison, un veau par exemple, ou une autre bête, mais l’homme, tu peux le détruire. C’est souillé, l’homme… impur, ça empoisonne la terre comme les champignons vénéneux. »

« Le Don paisible » est une œuvre sombre et on ne peut qu’être marqué par ce texte à la fois lyrique, épique et dramatique. Que dire de ce peuple Cosaque si merveilleusement décrit et qui finit bien naturellement par nous toucher ? On pense forcément au roman historique de Nicolas Gogol : Tarass Boulba. Que dire des descriptions de batailles qui montrent toutes les horreurs et les absurdités de la guerre ? On finit par ne plus savoir quel est le bon camp, car le texte est tout sauf manichéen, il est dérangeant et marquant.

J’ai longtemps hésité avant d’aborder cette énorme fresque historique, mais aujourd’hui je ne regrette pas du tout ma lecture de ce monument de la littérature mondiale. « Le Don paisible » de Mikhaïl Cholokhov est un livre rare, un livre sur le destin d’un homme, d’un amour, d’une guerre, d’une nation… Il s’agit d’un livre pour tous ceux qui aiment la grande littérature russe ou bien pour tous ceux qui souhaitent la découvrir. Je pense d’ailleurs me procurer l’adaptation cinématographique réalisée par Sergueï Guerassimov, et qui est disponible en DVD aux éditions Montparnasse. Enfin, je vais conclure en disant quelques mots sur l’auteur. Ainsi, Mikhaïl Cholokhov était à l’époque, grâce à son livre, considéré comme l’écrivain officiel du régime communiste et adulé dans toute une région du monde. J’avoue ne pas trop comprendre pourquoi il en a été ainsi, tant ce roman ne ressemble en rien à une œuvre de propagande probolchevique.

« Arrache sur toi, pauvre femme, le col de ta dernière chemise ! Arrache tes cheveux que la vie sans joie, la vie dure a éclaircis, mords tes lèvres mordues au sang, tords tes mains abîmées par le travail et roule-toi par terre sur le seuil de ta maison vide ! Ta maison n’a plus de chef et tu n’as plus de mari ni tes enfants de père, et pense que personne ne te caressera plus et ni tes orphelins, personne ne te délivrera du travail écrasant et de la misère, personne ne serrera, la nuit, ta tête contre sa poitrine, quand tu tomberas accablée de fatigue, et personne ne te dira, comme il te disait autrefois : « Ne te fais pas de mauvais sang, Aniska, on s’en sortira.  »

Qui aime la littérature russe classique ? Qui souhaite découvrir ce monument ? Qui aime les récits de guerre ?

(22 commentaires)

  1. Mes expériences avec les pavés russes sont contrastées. J’ai lu Guerre et paix et Anna Karénine, j’aime bien Tolstoi, mais avec Dostoïevski, j’avoue avoir du mal et avoir lâché L’idiot (pas le personnage, magnifique, mais le roman)
    Là c’est du très lourd, ce Don paisible…

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  2. Ça fait étrange de lire ta citation « sabre les hommes… », et de revenir aussitôt au titre du livre « le don paisible »… J’ai un peu lu et apprécié Tolstoï (Résurrection, par exemple), j’ai peu lu Dostoïevski, mais apprécié aussi, et L’idiot est dans mon projet de lectuuuuure. Excuse, je m’étrangle. J’ai eu une période lecture de guerre, mais c’est passé aujourd’hui.

    Aimé par 3 people

  3. J’ai pas trop lu de littérature russe (le siège de sébastopol de Tolstoï je crois), mais celui là devrait le faire, mais là j’ai une bonne quantité de livre à lire donc ça viendra plus tard…

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  4. J’aimerais, j’en suis convaincue. J’ai suivi un cours de littérature russe à l’université. Mon professeur était russe et il nous a parlé de cet auteur que je n’ai malheureusement pas lu… Je note! Merci de cette excellente chronique!

    Aimé par 3 people

  5. Mazette, quel pavé ! Sincèrement, toutes mes félicitations pour ta lecture. Cela doit être intéressant, et impressionnant d’être plongé dans cet univers. Tu m’apprends aussi qu’il y avait des prix littéraires Lénine et Staline.
    Quant à mes lectures russes, je suis une chochotte, je n’ai lu que de courts récits 🙂
    « Nouvelles de Pétersbourg » de Gogol que j’ai adoré et « La Sonate à Kreutzer » de Tolstoï.
    Et j’aimerais beaucoup lire « Le maître et Marguerite » de Boulgakov.

    Aimé par 2 people

  6. très heureuse de lire ton billet, j’ai ce livre dans ma bibliothèque mais je ne l’ai jamais attaqué car il faut un peu de temps devant soi
    La polémique autour de ce livre parmi les intellectuels russes n’était pas tant sur la valeur du livre que tous s’accordaient à reconnaitre, ni sur une soi disante propagande mais ur le fait que ce n’était pas Sholokhov l’auteur il n’avait jamais rien écrit il n’a plus rien écrit après …

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