La Terre promise, de Wladyslaw Reymont

La Terre promise, de Wladyslaw Reymont (Zoé) — ISBN-13 : 9782881827051 — 800 pages — 26,40 € — Genre : Zolaèsque. ✮✮✮✮✮

promise

« La terre promise » est un grand roman, de l’auteur polonais Wladyslaw Reymont, qui témoigne d’un lieu, d’une situation et d’une époque, comme le fit en France Émile Zola. Ainsi, le livre alterne les longs dialogues, avec de très belles descriptions d’une ville industrielle en pleine mutation. D’ailleurs, tout comme Émile Zola, l’auteur polonais (prix Nobel de littérature en 1924) fut aussi journaliste.

En cette fin de XIXe siècle, la révolution industrielle bat son plein. En Pologne, la ville de Lodz, dans laquelle des êtres humains s’animent telles des fourmis travailleuses en pleines actions, est en pleine effervescence. Des hommes et des femmes se côtoient, s’aiment et se détestent, mais tous veulent réussir socialement et gagner énormément d’argent. Dans cette ville sans foi ni loi, tout est permis pour arriver à ses fins, alors, certaines femmes vendent leur corps tandis que certains hommes veulent se marier (pour toucher une belle dote). Quand on vous dit que la beauté physique ne compte pas ! Le Lodz de la fin du XIXe siècle décrit par l’auteur polonais Wladyslaw Reymont est une ville peuplée de gens hypocrites et avares, peuplée de gens de différentes communautés (polonaise, juives et allemandes) qui se détestent, peuplée d’ouvriers et de gens malheureux qui pleurent, peuplée de riches industriels qui s’ennuient. Ainsi, c’est dans cette folle ville de Lodz, où la richesse et la banqueroute arrivent tout aussi vite, que trois hommes décident de s’associer afin de construire une usine de textile.

Comme nous l’apprend l’éditeur sur la quatrième de couverture, « La terre promise » est le premier roman européen à mettre en scène le capitalisme amoral. Et ces dernières scènes sont nombreuses tout au long du roman polonais. Un ouvrier meurt à cause d’une machine, mais la production ne doit pas cesser, un ami fait faillite, mais qui pense à l’amitié alors que des sommes folles sont en jeu, une femme est amoureuse, mais qu’en est-il de ses moyens financiers… N’oublions pas non plus la jalousie et la méfiance qui forge l’esprit des différents personnages de cette histoire. L’appât du gain est plus fort que la crainte de se faire duper par l’un de ses amis et associés. « Ne soyez ni un emprunteur, ni un prêteur ; Car souvent on perd le prêt et l’ami, Et l’emprunt…» disait Shakespeare en son temps.

« Les bâtiments de l’usine de Meisner qu’avait achetés et transformés Borowiecki pour sa propre usine étaient situés dans une ruelle autour de la rue Konsrantynowska. C’était un quartier de petites fabriques et d’ateliers indépendants, à présent à demi mort, tué par la grande industrie.
Les ruelles étaient sinueuses, non pavées, misérables et bordées de maisons de plain-pied aux toits percés de grandes lucarnes.
De vieilles maisons bancales, tordues par les ans, s’enfonçaient peu à peu dans le sol boueux, comme écrasées par l’immensité des bâtiments de l’usine de Müller et les gigantesques cheminées des autres usines alentours qui semblaient s’agiter au vent comme les arbres d’une épaisse forêt de pierre. »

De plus, « La terre promise » est un roman, bien que rédigé en 1898, qui paraît moderne sur certains points. Effectivement, l’histoire pourrait se passer dans le Paris, Londres, New York d’aujourd’hui, dans n’importe laquelle des citées cosmopolites de notre époque. De nos jours, on ne parle pas de la révolution industrielle, mais de la révolution numérique. Cependant, beaucoup d’ingrédients sont semblables aux deux époques charnières, la soif de l’argent facile, l’exploitation des plus mal lotis ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. Il y a la misère d’un côté et la richesse de l’autre dans cette ville polonaise merveilleusement mise en scène par Wladyslaw Reymont. Tout est montré sans fard et sans pudeur, mais aussi avec un brin de cynisme et beaucoup de réalisme. La soif de l’argent, la pingrerie, la tricherie, les vols, le désintérêt de l’autre, la jalousie, tout y est dans ce roman social qui s’attelle à décrire une société de riches industriels polonais en déliquescence. Si vous aimez Émile Zola, vous aimerez sans doute « La Terre promise » de Wladyslaw Reymont. Dans cette ville polonaise où tout le monde cherche à construire sa fabrique de textiles, verra-t-on naître, comme en Angleterre en son temps, une révolte des luddites ? Je vous invite à lire ce livre pour le savoir.

Qui aime les romans de critiques sociales ? Qui aime la littérature polonaise ? Qui aime les œuvres littéraires naturalistes comme celles d’Émile Zola ?

(27 commentaires)

  1. Bonne chronique et un livre qui m’intéresse fortement. Surprise qu’il date de 1898… Donc j’ai lu tout Zola adolescente (cadeau de mon Papounet). Les Rougon-Macquart n’ont pas de secret pour moi… Et les romans de critiques sociales ont ma préférence. Belle journée Goran…

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  2. Merci pour cette découverte : c’est parfaitement le type de roman qui devrait me plaire. Je note donc la référence. De la littérature polonaise, je ne connais que Gombrowicz qui est un auteur formidable : il est tant pour moi d’élargir ma culture 🙂

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  3. Une belle découverte, merci et ton article est très intéressant.
    Je dois avouer n’être pas une grande fan de Zola et des « romans du peuple » ; j’ai toujours besoin de me plonger, en ce qui concerne les romans, dans la poésie, l’imaginaire (je suis une incorrigible rêveuse…) Et 800 pages, cela me fait peur !
    J’ai ainsi beaucoup aimé un roman autobiographique, « Les Neiges bleues » de Piotr Bednarski, qui relate l’enfance de l’auteur quand sa famille était déportée en Sibérie : un livre-roman magnifique, avec beaucoup de poésie…
    Il y a aussi « Les boutiques de cannelle » de Bruno Schulz qui m’attendent dans ma bibliothèque, j’espère le lire bientôt.
    Et j’espère aussi lire un jour Witold Gombrowicz.

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  4. Si je devais partir sur un ^le déserte avec un seul livre, je crois que je prendrai un Zola … enfin peut-être, cela mériterait une réflexion peut-être un peu plus poussée.
    Merci pour ta chronique, je vais peut-être me mettre à la littérature polonaise 😉

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  5. Sympa le parallèle avec Zola, je ne connaissais pas du tout cet auteur, je me sens tout d’un coup un peu ethnocentrique et inculte ^^. J’ai lu pas mal de Zola, 6 ou 7 mais c’est loin d’être tous les Rougon! Semblable à Zola j’aime énormément Truman Capote, similaire dans son écriture journalistique.

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  6. salut aux amateurs de Zola dont je suis, après avoir vu le film Cézanne et moi, pas un chef d’oeuvre mais un film sympa, je vais lire l’oeuvre que je n’ai jamais lu
    Revenons à Reymont, il est présent à ma médiathèque mais le pavé m’a un peu effrayé, ton billet me tente, j’aime la littérature des pays de l’est et j’aime Zola donc ….

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  7. En tant qu’amateur de Zola, et friand de la littérature d’Europe Centrale, un grand merci pour cette recommandation, qui est déjà sur mon carnet. Au passage, as-tu lu le livre d’Upton Sinclair, La Jungle, qui parle de la condition ouvrière dans les abattoirs de Chicago au début du siècle ? Je pense que ça pourrait te plaire.

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  8. Une oeuvre sociale à recommander est le peuple d’en bas de Jack London (un journaliste aussi, on l’oublie un peu…) plonger assez effroyable dans les entrailles de Londres. Gros fan de Zola (la terre, l’oeuvre, l’argent, Germinal, la bête humaine…), pour celui là on verra, mais pourquoi pas….

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  9. Belle chronique qui donne vraiment envie de se plonger dans le roman. J’ai les romans de critique sociale, cette époque et ce côté roman prolétarien.
    Tiens, tiens, 800p… je suis justement en train de constituer une liste « ça sent le pavé »… 🙂
    Merci pour la découverte

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