Anguille sous roche, de Ali Zamir

Anguille sous roche, de Ali Zamir (Le Tripode) — ISBN-13 : 9782370550941 — 317 pages — 19 € — Genre : Noyade. ✮✮✮✮

ali

Après avoir lu « Anguille sous roche » de Ali Zamir dans le cadre de La Voie des indés 2016, je tiens à remercier les éditions Le Tripode, Libfly et Aurélie, ainsi que les différents éditeurs participants à cette opération.

Quand j’ai compris que le roman d’Ali Zamir ne contenait qu’une phrase de 317 pages, avec un seul point – celui du point final – j’ai cru que j’allais me noyer dans ce livre à la forme atypique. En plongeant dans cette logorrhée, j’ai craint me retrouver (à cause d’un texte difficile d’accès), dans la position d’un nageur qui progresse à contre-courant. Cependant, malgré la construction du roman, ce dernier reste rythmé par des virgules, des paragraphes, des chapitres. Je me trouvais bien en territoire connu ! Dans un premier temps, j’ai progressé (dans le texte) lentement et petit à petit j’en suis arrivé à oublier l’absence du point, pour me sentir, finalement, dans ce récit frétillant de personnages hauts en couleur, comme un poisson dans l’eau. L’auteur maîtrise parfaitement l’art de la virgule, de l’écriture… Et lorsque l’on sait qu’ « Anguille sous roche » est le premier roman du jeune écrivain comorien Ali Zamir (27 ans), on en est que plus admiratif. Le style de l’auteur, qui manie très bien les mots et la langue française, est expressif, mais il est aussi parfois, paradoxalement, un peu trop propre, scolaire. Effectivement, j’ai trouvé que l’auteur utilisait trop d’expressions toutes faites, mais (malgré ce petit bémol) le récit n’en reste pas moins passionnant. Il y a beaucoup d’émotions dans « Anguille sous roche », mais aussi de la poésie, de l’ironie… Et après ce petit tour sur la forme du livre, qu’en est-il du fond ?

« Oh, la terre m’a vomie, la mère m’avale, les cieux m’espèrent, et maintenant que je reprends mes esprits, je ne vois rien, n’entends rien, ne sens rien, mais cela ne pèse pas un grain puisque je ne vaux rien, pourquoi me laisserais-je broyer du noir alors que tout va finir ici, « un mort confirmé ne doit point avoir peur de pourrir » nous disait mon père Connaît-Tout, celui qui avait la science infuse, et qui, bien qu’il m’avait donné le nom d’Anguille, ignorait que tout le monde vit dans sa propre anguillère, »

Dans « Anguille sous roche », c’est la narratrice, une jeune lycéenne de 17 ans et du nom d’Anguille, qui nous crie sa vie, sa rage, ses amours, ses désespoirs, ses vérités, dans un flot de paroles rythmé par un long souffle, mais entrecoupé d’incessantes vagues qui la poussent au fond du trou noir. Et Anguille sait y faire lorsqu’il s’agit de s’extirper d’une vie, d’une situation. De plus, Anguille est une fille intelligente, c’est son père, Connaît-Tout, qui l’affirme et sa sœur jumelle, Crotale, qui le croit, mais Anguille est aussi une adolescente qui découvre la vie et qui manque de jugeote. Anguille est amoureuse pour la première fois de sa courte existence, alors elle fraude, se cache, se dévergonde. La jeune lycéenne est pleine d’espérance, la jeune lycéenne est troublée, la jeune lycéenne est choquée, la jeune lycéenne est malheureuse, mais la jeune lycéenne retrouve sa lucidité, sa malice, son intelligence, sa soif de vivre et de découvrir le monde. Il s’agit d’un monde immense et inconnu au-delà des îles comoriennes. Dans ce roman qui raconte l’histoire d’une famille et d’un amour d’adolescent, le jeune auteur, Ali Zamir, a su parfaitement rendre compte des sentiments exaltés d’une adolescente de 17 ans révoltée. « Anguille sous roche » est un roman haletant et poignant, comme un grand livre d’apprentissage américain. Ali Zamir nous fait découvrir une vie et des traditions que l’on ne connaît pas forcément (ce qui n’est pas fait pour me déplaire), celles des îles comoriennes, mais il nous montre aussi que les sentiments humains sont universels. L’amour, la haine, la joie, la crainte se vivent partout, semble-t-il, de la même manière…

Qui aime lire les premiers romans ? Qui a entendu parler de ce livre qui fait partie de la rentrée littéraire ?

(27 commentaires)

    1. Effectivement, c’est très facile à lire, j’ai été surpris, certes il y a comme je le dis dans mon article, un peu trop d’expressions toutes faites, mais c’est plutôt bien écrit. C’est bizarre, car le livre n’a pas de point et en même temps j’ai trouvé l’écriture très carrée, proprette…

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  1. Anguille et Crotale, pas mal comme prénoms. Encore que Crotale soit plus difficile à porter. Ben non, je ne connaissais pas ce livre. Fut un temps où je l’aurais sans doute ajouté à ma PAL… j’ai déjà lu des livres sans ponctuation (Paradis, de Sollers) ou bien il y a Mathias Enard qui a écrit une longue phrase de 500 pages : Zone. On trouve toujours le rythme.

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      1. Enard atteint l’horreur avec La perfection du tir, un petit livre qu’il a écrit avant Zone, je crois. Ça m’a tellement violenté de lire certains passages que j’ai envoyé le livre contre le mur à l’autre bout de la pièce. Il est resté par terre quelques jours, jusqu’à ce que je reprenne mes esprits (endurcie, certainement aussi), j’ai terminé le livre, et conclu que c’était un très bon livre qui ne fait que dire ce qui est.

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  2. 317 pages quand même, cela impressionne comme longueur de phrase ! Je n’étais pas attirée par ce roman à cause du procédé, craignant que cela tourne à vide mais tu démontres le contraire ; effectivement, l’extrait que tu cites est très lisible, on fait des pauses naturellement. Et puis tu parles de grand livre d’apprentissage américain, promettant ainsi une belle ampleur : j’avais également peur que ce roman soit un peu « sclérosé », renfermé sur lui-même et son procédé stylistique. Bref, tu me convaincs de le lire ! Le Tripode peut te dire merci !

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  3. J’entends beaucoup de bien de ce roman ; de plus en plus, j’ai envie de me laisser tenter. Les livres édités au Tripode sont de plus très beaux. Merci pour cette chronique qui va sans doute me décider à aller faire un tour en librairie 🙂
    Juste une question : le roman est écrit en une seule phrase, mais composé de chapitres et de paragraphes, c’est bien cela : je me demande donc si ce procédé n’est qu’un simple artifice pour simuler le dernier souffle de la narratrice, ou si il participe réellement à une lecture-asphyxie ?

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      1. Merci pour ta réponse. Pour répondre à la tienne, je ne peux pas en juger tant que je n’ai pas lu le livre. Il ne me reste donc plus qu’à me faire ma propre idée en filant à la librairie 🙂

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