Éloge du maquereau, de René-Louis Doyon

Éloge du maquereau, de René-Louis Doyon (SERGE SAFRAN) — ISBN-13 : 9791090175235 — 170 pages — 12 € — Genre : Dico. ✮✮✮✮

maquereau

Après avoir lu « Eloge du maquereau » de René-Louis Doyon dans le cadre de La Voie des indés 2016, je tiens à remercier les éditions Serge Safran, Libfly, Aurélie et Marie ainsi que les différents éditeurs pour leur opération.

Dans cet essai (Éloge du maquereau), René-Louis Doyon ne fait pas l’éloge du maquereau au vin blanc, ou bien en papillotes, ni même de celui à la moutarde, mais bien du métier de maquereau. Mais en quoi consiste-t-elle la profession de ce charmant Monsieur ? Le maquereau ou bien la maquerelle, car ce métier n’est pas misogyne, à la difficile tâche d’encadrer sur le plan physique, moral et financier celles et ceux qui font carrière dans le plus vieux métier du monde. Et non, le plus vieux métier du monde n’est pas celui de bergère ni de berger… Non, je vous assure que non ! Aussi, comme vous pouvez vous en douter, la profession de maquereau requiert de multiples connaissances, de combat, psychologie, comptabilité, commerce. Le maquereau est donc un grand diplomate, aux talents hétéroclites, qui sait ménager la chèvre (le client) et le chou (la marchande d’amour). Mais qu’en est-il réellement selon l’auteur de ce petit essai fort amusant ?

Que je vous rassure tout de suite, René-Louis Doyon ne dresse pas de louanges à cet odieux personnage qu’est le maquereau, mais ce dernier a voulu définir le terme maquereau de la manière la plus exhaustive possible. Qu’a souhaité réellement dire l’auteur dans son essai ? En s’intéressant au mot « maquereau », René-Louis Doyon a voulu dénoncer l’appauvrissement de la langue française. Voilà un sujet qui sera toujours d’actualité et qui revient régulièrement sur le devant de la scène. Le rétrécissement du vocabulaire est dangereux, car il ne permet plus de formuler de manière exacte et pertinente certains concepts. Mais une langue qui évolue, car vivante, s’appauvrit-elle ? Vaste débat ! Ainsi, l’auteur rentre dans le vif du sujet en expliquant qu’un éloge est aussi et surtout un discours raisonné et mesuré. À partir de là, dans un texte drôle et ironique, René-Louis Doyon décortique le mot : « maquereau ». Et j’ai beaucoup appris grâce à cet essai, mais aussi souri, car le texte est amusant… En tout cas, la prose de René-Louis Doyon m’a bien amusé.

Ainsi, dans de nombreux chapitres, l’auteur parle entre autres des origines orientales du mot maquereau, mais aussi des traductions européennes et chinoises de ce mot. Pourquoi est-ce qu’on utilise tel ou tel mot pour désigner le maquereau en Chine, Italie, Espagne, etc. ? Cependant, les explications que donne l’auteur ne sont pas que d’ordre linguistique, il y en a d’historiques, fantaisistes, etc. Quoi qu’il en soit, René-Louis Doyon à une culture impressionnante et ses explications sont passionnantes. J’ai l’impression d’être beaucoup plus intelligent maintenant.

« Au cours de ce périple onomastique aussi étendu qu’il soit mais fort incomplet, on arrive à un but certain : c’est que le mot, quelle que soit sa forme originale ou métaphysique, spécifique ou allusive, a un sens organique, essentiel, infamant. Le maquereau est un maître, un dominateur des faiblesses féminines, soit par séduction, soit par persuasion, soit surtout pas une science infuse, une divination instinctive de la sexualité féminine, exploitée cyniquement contre toute pudeur, toute moralité et tout honneur du à l’unicité de l’amour – et c’est là son immoralité – en même temps qu’il en demeure le manipulateur unique – et c’est là sa force. »

Laquelle des deux définitions du mot maquereau préférez-vous ? Celle que je donne en ouverture de ce court billet ou bien celle de l’auteur René-Louis Doyon que je cite en conclusion ? Ne me dites pas que, c’est celle de René-Louis Doyon 🙂

(27 commentaires)

  1. Et bien, tu ne vas peut-être pas t’y attendre mais je préfère ta définition, car elle dit bien le caractère financier, pécuniaire qui caractérise l’état de maquereau alors que je ne vois pas cette précision dans la définition que tu cites de Doyon (à moins d’avoir raté un truc ?). Or cette caractéristique est, selon moi, essentielle, il est d’autres états de domination sexuelle qui ne font pas référence à l’argent et dont les maîtres ou maîtresses ne sont pas qualifiés de maquereaux ou maquerelles. Enfin, c’est juste une idée qui me passait par la tête… Et puis, oserais-je préciser que ce livre ne t’a pas rendu plus intelligent mais plus instruit, plus savant. (et (je te vois venir) ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit).
    Je conclurai en disant que tu lis souvent des livres fort intéressants que je n’aurais jamais eu l’idée de mettre sous mes yeux, ce qui, sans me rendre plus intelligente, m’enrichit et me met en attente attentive de tes autres compte-rendus de lectures. Donc, merci Goran.

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      1. Finalement l’instruction c’est comme les hanches, ça peut s’ouvrir jusqu’au bout de la vie. (je précise que l’ouverture des hanches c’est une référence à ce que dit toujours mon prof de méditation aux nouveaux qui se croient trop âgés pour prendre une bonne assise au sol)

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  2. Intéressant cet essai…une façon plaisante en effet d’apprendre bien des choses.
    J’aimerai bien savoir comment on dit « maquereau » par exemple en chinois, quel animal est-il utilisé ?
    Moi j’aime bien ta définition surtout quand tu précises que ce métier n’est pas misogyne ! 🙂
    (C’est vrai qu’on a tous en tête de fortes figures de maquerelles…)

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      1. C’est tout à ton honneur…
        Et merci d’avoir répondu à ma question de vocabulaire, je suis très impressionnée ! 🙂
        Je ne sais pas ce que je préfère: tortue ou maquereau. Bien envie d’ en connaître les origines!

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  3. C’est drôle cette chronique Goran. J’ai écrit et terminé récemment une pièce qui s’intitule « l’homme que j’aime » et cet homme est un manquereau, elle une prostituée. C’est auprès d’un expert, le docteur Ben L. Reitman, qui fut l’amant d’Emma Goldman, et son organisateur de meeting, un personnage haut en couleur, auteur du célèbre roman « Boxcar Bertha » et d’un essai peu connu « The Oldest Profession » (Le Plus Vieux Métier du monde), que je me suis ducumentée. Effectivement ce métier requiert des qualités très étendues. Je lirai donc cet ouvrage…. Merci Goran…

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  4. Je vais m’opposer à la majorité mais je « préfère » la définition de l’auteur, disons que dans la tienne c’est « l’encadrement physique et moral » dont tu parles qui me chiffonne…Pour moi c’est le fric le fric et…le fric l’unique attrait pour ce « métier », et aussi ce pouvoir dont l’auteur parle bien je trouve, tout du moins dans l’extrait que tu exposes.
    Bref, encore un livre avec un thème original, tu as de drôles de lectures Goran 🙂

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