La marque du tueur, de Seijun Suzuki

La marque du tueur (Koroshi no Rakuin), de Seijun Suzuki — Japon 1967 — Genre : Qui perd gagne. ✮✮✮✮✮

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La mafia japonaise classifie ces tueurs par numéro et ainsi l’énigmatique numéro un est celui que tout le monde redoute, mais que personne ne connaît. Cet assassin existe-t-il vraiment ou bien est-il un mythe créé pour faire peur aux numéros qui le suivent ? Ainsi, dans ce monde impitoyable régi par un code sans pitié, un tueur qui échoue est un futur mort. Point de seconde chance ou de pardon, rater sa mission fait de vous la prochaine cible. Ainsi, le chasseur devient le chassé et la peur s’empare des yakusa autrefois si courageux qui finissent par sombrer dans l’alcool.

« La marque du tueur » commence comme n’importe quel autre film noir américain. Sauf que nous sommes au Japon et non aux États-Unis. L’humeur est sombre et brumeuse, des tueurs à gages discutent, l’alcool coule à flots et la musique jazz stridente bruit nos oreilles… Ces dernières sont mises à rude épreuve tout au long de la production. Très vite, dans ce film où les femmes sont amoureuses et excentriques et où les hommes sont solitaires et torturés, transparaît toute l’originalité de cette œuvre cinématographique. Ainsi, les effets visuels et de transition d’images sont si nombreux et inventifs que le réalisateur japonais ferait passer Orson Welles ou Quentin Tarantino pour des amateurs. Cela commence par des petites touches originales qui stimulent notre intérêt. La scène de transition après la course poursuite du début du film est un pur chef-d’œuvre. Personnellement, je n’ai jamais vu ça ailleurs. Ensuite, après le premier tiers, l’œuvre de Seijun Suzuki bascule dans un monde psychédélique, halluciné, on se croirait dans un rêve, non un cauchemar éveillé… On ne comprend pas tout, les scènes s’enchaînent sans que l’on sache ce qui se passe, le réalisateur ne laisse aucun répit aux spectateurs sans cesse trimbalés d’un monde à l’autre. La logique est parfois noyée dans le flot stylistique distillé par le réalisateur. La musique ainsi que les divers bruitages, comme celui de l’eau qui coule, jouent un rôle tout aussi important que l’image du film. Cette oeuvre est envoûtante !

« La marque du tueur » est un film fou qui n’épargne pas l’image des tueurs à gages parfois tournés en ridicule. Ces derniers sont tristes et peureux, même s’ils sont dans un premier temps présentés comme des êtres virils et insensibles. Il y a de la noirceur dans ce film, mais aussi des scènes de frivolités et de nudité… Le film frise parfois le ridicule et la caricature, mais sans aucune fausse note du début à la fin. Le réalisateur n’en fait jamais trop. Aussi, les trouvailles stylistiques de Seijun Suzuki servent l’histoire et donnent une ambiance si particulière au film, unique en son genre. J’oublie de parler de la lumière ainsi que du noir et blanc… Fantastique ! « La marque du tueur » prend les formes d’un film expérimental même s’il ne l’est pas complètement à mon sens.

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Les quatre acteurs principaux (deux hommes et deux femmes) sont tous excellents. D’ailleurs, les rôles secondaires n’existent pratiquement pas dans ce film où les scènes extérieures se passent, quasiment toujours, dans les rues d’un Tokyo désert. La vie des différents protagonistes de l’histoire n’a rien d’attrayante. Les revirements sont bien trop nombreux dans ce milieu, alors forcément la peur et l’angoisse règnent. L’alcool tourne les têtes pour ne pas les faire perdre. Une bouteille afin de guérir les âmes en peine !

Je connais très peu ce réalisateur japonais que j’ai découvert avec : « la jeunesse de la bête », un film que les plus jeunes doivent connaître à travers le manga du même nom. Cependant, il me semble que « La marque du tueur » est une oeuvre à part dans la filmographie de Seijun Suzuki. Quoi qu’il en soit, j’apprends avec stupeur grâce à l’excellent dossier de dvdclassik que « la marque du tueur » causa la perte du réalisateur japonais.

Qui aime les films noirs américains ou bien japonais ?

(18 commentaires)

  1. Je viens de visionner la bande annonce, c’est plutôt prometteur. Je n’aime pas particulièrement les « films noirs » mais je me laisserais bien à voir celui-ci, surtout s’il est déjanté et tout ce que tu en dit. Si un jour je croise le dvd et s’il n’est pas trop cher.

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  2. Je connais très très peu les films noirs mais il se trouve que le week-end dernier, dans un cinéma qui projette des classiques, j’ai pu voir « Les salauds dorment en paix » de Kurosawa, qui date aussi des années 60. C’était génial, une intrigue incroyable sur la corruption dans les milieux de la finance, une ambiance shakespearienne avec des drames et des vengeances, et une fin glaçante. J’ai beaucoup aimé. Connais-tu ce film ? En tout cas, j’espère avoir l’occasion de voir « La marque du tueur », l’image a l’air très belle et j’aime bien ce qui est un peu déjanté !

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  3. Waouh ! Je ne connaissais pas le film, ni le réalisateur – bon ok côté culture cinématographique, je peux repasser – mais ce qui est sûr c’est qu’après un tel billet, je n’ai qu’une envie : voir LA MARQUE DU TUEUR.

    En tout cas, chapô bas pour cette chronique si alléchante. Vite il me faut trouver une geisha avec un verre de whisky m’apportant ce dvd noir. Et si je mettais un Sonny Rollins sur la platine…

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  4. Très bel article pour cette étrange film noir très Nouvelle Vague nippone. Un curieux film de genre un peu oublié aujourd’hui (comme son réalisateur, hélas). Jim Jarmusch en est très fan et revendique son inspiration dans son superbe « Ghost dog ». Voilà en tous les cas une chronique qui m’a mis en appétit. Je me demande si je ne vais pas me faire un japonais pour finir la soirée. 🙂

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