La Maison de la mort certaine, de Albert Cossery

La Maison de la mort certaine, de Albert Cossery (JOËLLE LOSFELD) — ISBN-13 : 9782844120328 — 143 pages — 13 € — Genre : Grosse fissure. ✮✮✮✮

cossery

Albert Cossery est un écrivain égyptien d’expression française née au Caire en 1913 et mort à Paris en 2008. Malheureusement, me semble-t-il un peu tombé dans l’oubli, Albert Cossery était pourtant une figure de Saint-Germain-des-Prés. Personnellement, j’aime énormément cet auteur surnommé le « Voltaire du Nil » et lorsque je souhaite lire un livre marqué par l’ironie, je sais qu’avec Albert Cossery je ne serai pas déçu.

Alors, de temps en temps, pour mon plus grand plaisir, je me plonge dans une histoire égyptienne. En effet, sachez que les récits d’Albert Cossery se déroulent tous en Égypte, mais dans l’Égypte des humbles, des pauvres gens, de tous ceux qui ne connaissent ni gloire ni fortune…

Dans « La maison de la mort certaine », l’action se déroule dans un quartier démuni du Caire et dans lequel des locataires trop pauvres pour pouvoir s’installer ailleurs se retrouvent piégés, à cause d’un propriétaire foncier malhonnête, dans des habitations en ruines. Parmi tous les habitants mal-logés, un homme se fera remarquer par un enfant espiègle et nu comme un ver que sa maison est sur le point de s’écrouler. Aussi, c’est à partir de cette entrée en matière que l’histoire du livre va progresser, avec des personnages pittoresques hauts en couleur. Les femmes du quartier seront les premières qui iront se révolter auprès du propriétaire indélicat, afin que la maison du vieil homme soit réparée… Ces dernières, à la langue bien pendue feront tout leur possible pour parvenir à leurs fins, tandis que les hommes iront trouver celui qui sait écrire pour les aider à contacter les autorités compétentes.

« De la part du gouvernement, il ne pouvait advenir que des malheurs. Les locataires étaient tranquilles de ce côté. Si le gouvernement les ignorait, c’est qu’il était occupé ailleurs. À quoi pouvait-il être occupé, le gouvernement ? Les locataires pouvaient mourir, mille fois mourir, le gouvernement, c’était certain, ne se dérangerait jamais pour leurs sales gueules. »

Toutefois, le premier concerné, le vieil homme qui habite la maison fissurée de toutes parts sera aussi celui qui prendra les choses avec le plus de philosophie. Ce locataire observera ce petit monde agité d’un regard détaché et il analysera les situations de manière simple, mais toujours avec justesse et pragmatisme. Dans ce roman, on retrouve l’Égypte comme si nous y étions, mais non pas l’Égypte du touriste occidental, mais celui du peuple égyptien. Les personnages de ce roman usent d’un langage grossier, ils profèrent des insultes que seuls les locaux connaissent. Effectivement, l’histoire ne se situe pas dans le milieu petit-bourgeois égyptien, mais dans les bas-fonds et l’auteur restitue avec maestria l’ambiance du lieu. Il s’agit d’un endroit poisseux dans lequel la pauvreté règne, mais où les gens n’en sont pas moins heureux. Albert Cossery, tourne en ridicule le propriétaire hors-la-loi, c’est jubilatoire. Cependant, le livre n’est pas seulement une fable orientale, il est aussi une critique du gouvernement égyptien qui a abandonné son peuple, celui-ci doit se débrouiller seul. Aide-toi et Dieu t’aidera ! Les personnages du roman se demandent même si les autorités locales existent… Il y a beaucoup de dérision dans ce texte, comme dans tous les livres d’Albert Cossery qui possède un style franc. Cependant, l’histoire n’est jamais triste même si les situations sont malheureuses.

Si vous souhaitez découvrir cet auteur égyptien, je vous conseille de commencer par « Mendiants et orgueilleux » qui reste mon roman préféré d’Albert Cossery. Qui connaît cet écrivain ? Quel autre écrivain égyptien me conseilleriez-vous ?

(20 commentaires)

  1. Comme je ne connais pas cet auteur , je vais me precipiter , j’adore ce que tu dis de ce roman. Ceux i que je vais te conseiller sont plus récents »Taxi » de Khaled Al Kamissi, et evidemment  » l immeuble Yacoubian » Alaa al Aswany.

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  2. Je suis un très grand admirateur d’Albert Cossery, et effectivement, La Maison de la mort certaine est un roman particulièrement fort. Personnellement, j’y ai vu l’influence de l’existentialisme (une micro-société vivant sous le spectre permanent de « la mort certaine », comme dans La Peste de Camus, par exemple), et des récits extrêmement sombres et désespérés de Dostoïevski (une référence explicite de Cossery). Effectivement, sa prose est à la fois très réaliste dans la description de la misère humaine, et empreinte d’une dérision toute égyptienne (voir par exemple les injures très colorées que se lancent les habitants ou leur mélange de naïveté et d’impertinence face au gouvernement). Cela étant, Mendiants et orgueilleux est, pour moi aussi, son meilleur roman. Merci pour cette chronique, c’est agréable de retrouver un auteur peu évoqué chez les blogueurs.

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    1. Merci. Ta comparaison au livre de Camus est très juste… Il y a des auteurs comme ça qui tombe dans l’oubli et c’est dommage… Mendiants et orgueilleux possède un charme, une ambiance qui lui est propre.

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  3. Ravie de lire une chronique sur Albert Cossery et d’avoir ainsi un aperçu de son univers, son écriture. Depuis le temps que je veux le lire…Je commencerai donc par « Mendiants et orgueilleux », selon tes conseils. Merci !

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