Marelle, de Julio Cortázar

Marelle, de Julio Cortázar (GALLIMARD) — ISBN-13 : 9782070291342 — 602 pages — 14,50 € — Genre : Labyrinthique. ✮✮✮✮

marelle

« Marelle » est le premier roman de l’écrivain argentin Julio Cortazar que je lis. Ainsi, ce livre construit de manière labyrinthique exige toute l’attention du lecteur. Effectivement, l’histoire n’est absolument pas linéaire et il faut être concentré pour ne pas perdre le fil… Divisé en trois grandes parties composées de petits chapitres mélangés, le texte de Julio Cortazar narre l’histoire de différents personnages nihilistes, hédonistes…

Horacio Oliveira et La Sibylle font partie d’un groupe d’amis qui vagabondent, le plus souvent à Paris. Ainsi, ces derniers se retrouvent et philosophent sur la littérature, la peinture, le jazz et sur tout ce qui fait la vie, mais aussi la mort. Aussi, nos bohémiens (bobos) vivent des moments de joie, de peine, d’amour… Et nous sommes touchés par ce qui leur arrive. Une ambiance de liberté règne, mais aussi d’insouciance, de légèreté. J’aime ce genre de livre dans lequel plane une atmosphère étrange qui vous prend aux tripes. Avec ses histoires envoûtantes, il m’arrive souvent de repenser aux personnages que j’ai quittés, avec nostalgie.

Dans la seconde partie du livre Horacio Oliveira, à la suite d’un malheureux événement, quitte La Sibylle et ses amis parisiens pour en retrouver d’autres à Buenos Aires. Ces derniers ressemblent à l’ancien couple parisien. Nous voilà plongés dans une autre histoire, un autre monde… On repense à Paris et l’on voudrait savoir ce que deviennent nos amis intimes de l’autre côté de l’océan. Le personnage de La Sibylle, auquel je me suis attaché, me manquait, je voulais la retrouver. Horacio Oliveira aussi y pense à ses amis de Paris, à ce qui se passe là-bas. Certes, il ne dit rien, mais c’est ce que l’on ressent au fur et à mesure de notre lecture. Forcément, il ne peut en être autrement. Qui n’a pas connu ce moment où l’on se retrouve éloigné de ses amis ? Dans ce genre de situation, on se sent à la fois mélancolique et heureux de vivre de nouvelles aventures. Effectivement, la vie à Buenos Aires est intéressante, on s’attache aussi aux nouveaux personnages. Cependant, malgré tout un manque persiste…

« La plus grande qualité de mes ancêtres est d’être morts ; j’attends modestement mais orgueilleusement le moment d’hériter d’eux cette vertu. J’ai des amis qui ne manqueront pas de m’élever une statue où ils me représenteront penché bouche bée sur une mare où il y aura de petites grenouilles authentiques ».

Dans la troisième partie du livre, la plus courte, mais aussi la plus déstructurée, on retrouve enfin Horacio Oliveira et La Sibylle. Les chapitres sont concis, ils ne font parfois que quelques lignes, on y retrouve des citations d’articles de presse ou bien d’auteurs comme Antonin Artaud, Georges Bataille, Malcolm Lowry, Anaïs Nin ainsi que beaucoup d’autres. Pour la plupart, les écrivains cités sont aussi ceux que j’aime et qui me parlent.

La structure et les nombreuses références font de « Marelle » un roman difficile à lire, mais il n’en reste pas moins que l’histoire est charmeuse. Ce que je dis peut sembler paradoxal, cependant c’est exactement ce que j’ai ressenti. J’ai été subjugué par les personnages et désarçonné par la construction du livre. Enfin, « Marelle » n’est pas un simple roman qui raconte une histoire, il s’agit aussi d’un essai sur les différentes formes d’art, mais aussi sur la vie. Lorsque je dis cela forcément on pense au livre « À rebours » dans lequel Joris-Karl Huysmans fait une critique de ses oeuvres et courants artistiques préférés. Cependant, les deux romans ne se ressemblent absolument pas.

Qui a déjà connu ce type de sensations après la lecture d’un livre ? Qui a déjà lu Marelle ? Qu’en avez-vous pensé ? Et pour ce qui est de l’auteur, Julio Cortazar ?

(19 commentaires)

  1. Marelle et A rebours sont deux livres qui figurent depuis longtemps sur la liste des livres à lire que je traine dans ma tête, je crois même (suis sûre) que je les ai dans la bibliothèque qui me sert d’appartement… en attente, donc, et comme Marelle est un gros bouquin, ce ne sera pas pour tout de suite (y en a d’autres en cours). Par contre, je reviens à l’article précédent, je suis revenue de Paris, hier, avec un Bukowski, Women… c’était la journée des droits de la femme alors ce titre m’a sauté dans la main. Bon choix ou pas pour commencer ? (la quatrième de couverture me plaisait bien)

    Aimé par 2 people

  2. J’adore ce livre, que j’ai lu il y a fort longtemps, et que j’ai régulièrement envie de relire. On peut aussi mentionner à ce propos la possibilité offerte par l’auteur de lire l’ensemble des chapitres dans un autre ordre (qu’il donne en annexe), créant ainsi pour la lectrice ou le lecteur un tout autre texte, à partir d’un matériau pourtant rigoureusement identique. Au-delà de l’exercice apparemment quelque peu oulipien, je me souviens que cela décuplait le plaisir de se baigner dans ces mots, sachant que leur paysage intime pouvait ainsi changer du tout au tout, en fonction de l’approche retenue vis-à-vis d’eux. J’ai d’ailleurs retrouvé un peu de cette sensation, bien des années plus tard, dans « Les détectives sauvages » de Roberto Bolaño (avec son hommage explicite à « Marelle ») et dans « Les malchanceux » de B.S. Johnson (qui se présente carrément comme un boîte contenant des feuillets séparés, dont seuls le premier et le dernier sont indiqués, les autres pouvant / devant être lus dans n’importe quel ordre).

    Aimé par 1 personne

  3. Merci encore une fois pour cette référence… Je ne connais pas ce livre. J’aime être déroutée lors de mes lecture. J’ai lu « À Rebours » il y a plusieurs années pour un cours sur le décadentisme. Donc, il est bien difficile de m’en rappeler… Je note le titre!

    Aimé par 1 personne

  4. Le roman est dans ma PAL depuis un moment car j’avais été emballée par cette déstructuration comme tu le dis si bien. Mais c’est vrai que je l’avais mis un peu de côté pour lui préférer des lectures moins complexes, plus classiques. Ta chronique réveille ma curiosité, je pense que je vais m’y atteler prochainement ! Super billet dans tous les cas !

    Aimé par 1 personne

  5. Après avoir entendu une critique Youtube plutôt engageante à son sujet, je l’ai commandé via un prêt inter-bibliothèques et j’ai adoré le début mais ça m’a tellement frustrée de ne pas pouvoir écrire ce que je voulais dedans (il y a plein de belles phrases à souligner et de remarques à faire) que j’ai reporté sa lecture pour quand je l’aurai acheté (après en avoir écumé plusieurs, à Bruxelles comme à Tournai, j’abandonne l’idée de le trouver en bouquinerie, il va falloir que je le commande). Mais donc, ça continue à être aussi bon après on dirait ^_^.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis contant de te retrouver chez moi 🙂 Effectivement, cela continue… La phrase que je cite et que je trouve très belle, se trouve vers la fin du livre. Et il y en a plein comme ça.

      J'aime

  6. Ce livre me tend ses pages depuis des années, posé sur mon bureau d’architecte où je travaille finalement assez peu. Je sais que se lancer dans cette lecture, c’est s’aventurer dans un texte complexe mais qui en vaut largement la peine.

    Aimé par 1 personne

  7. Je l’ai lu et aimé, même si comme tu ne l »écris, il ne s’agit pas d’une lecture facile. J’ai personnellement fait le choix de suivre les chapitres dans l’ordre préconisé par l’auteur,et suis tout à fait d’accord avec toi : c’est une lecture qui nécessite une forme de « lâcher prise ». En revanche, je n’ai pas accroché à « A rebours »
    Mes avis sur les 2 titres :
    http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2014/10/marelle-julio-cortazar.html
    http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2012/11/a-rebours-joris-karl-huysmans.html

    A bientôt..

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s