Courses d’automne, de Gyula Krúdy

Courses d’automne, de Gyula Krúdy (Ombres) — ISBN-13 : 9782905964748 — 69 pages — 7,60 € — Genre : Petite balade. ✮✮✮✮

Gyula

Gyula Krúdy est un écrivain hongrois né en 1878 et mort en 1930. Ainsi, ce dernier a rédigé plus de 80 romans et est considéré comme étant l’un des plus grands écrivains magyars de son époque. Aussi, bien que « Course d’automne » ne compte qu’environ 70 pages, ce texte n’est pas considéré comme une nouvelle, mais bel et bien comme un roman.

Ben ancien jockey tombé en disgrâce après une mauvaise chute de cheval, ne cesse de ressasser son passé. Il déambule dans les rues de Pest, dans les jardins, les parcs… Ben observe la société et les gens qui l’entourent, sauf que, lui, personne ne le voit. Ben est seul, il se sent seul, abandonné, trahi. Notre héros ne possède plus rien, il n’a ni maison, ni famille, ni ami. La vie de Ben est bien compliquée. Cependant, Ben n’est pas aigri, simplement nostalgique et qui ne le serait pas à sa place ?

Puis un jour, Ben croisera le chemin d’une femme, une bourgeoise de Pest qui va oser s’asseoir sur le banc, celui du jardin public et que Ben pensait sien. Alors, notre héros va suivre la belle inaccessible afin d’apprendre à la connaître, mais de loin… pour ne pas se faire remarquer. De lieu en lieu, la femme inconnue ira à la rencontre de ses amants sous le regard intrigué de Ben. La bourgeoise de Pest va réajuster sa robe en sortant d’un buisson, va gifler un soldat en déchirant une lettre… Et Ben rêve, il rêve et il s’invente des histoires déduites de ses observations. Enfin, l’intrigante va finir par retourner s’asseoir sur le banc, celui de Ben, et elle finira par se confier à ce dernier, à lui conter son histoire et ses déboires amoureux.

« Ben tomba amoureux de l’inconnue dès qu’il la vit. Le destin comble parfois ainsi d’un nouveau malheur le sort des malheureux. Le jockey renvoyé, dès que ses yeux rencontrèrent le regard comme enfumé par l’opium de cette femme, se sentit comme durant le prix d’État de trois mille mètres lorsque, dans le finish, Matshaker changea de pas sous lui, se cassa une patte et que Ben fut éjecté de sa selle. »

L’histoire que nous conte Gyula Krúdy est, bien qu’elle puisse sembler simple, énigmatique. Sommes-nous dans un rêve ? Dans le rêve de Ben ? Ou bien tout ce qui se passe est vrai ? On ne sait pas, même après avoir fini le livre. Finalement, les situations qui finissent par s’enchaîner semblent improbables, trop belles et en fin de compte trop cruelles. Je ne voudrais pas en dire trop… Gyula Krúdy est un formidable conteur, et le livre est presque coupé en deux histoires bien distinctes. Ainsi, dans la première moitié du texte on apprend à connaître Ben. Puis, dans la seconde moitié du livre, on apprend à connaître la femme. L’auteur, alterne les phrases longues (très très longues) et les phrases courtes. L’écriture de Gyula Krúdy ressemble à celle d’un autre auteur que j’ai chroniqué ici. Ce dernier est publié chez le même éditeur (Ombres). Je ne crois pas au hasard. « Courses d’automne » est un livre à la fois plein de douceurs et de douleurs. Il s’agit d’un livre sur la vie et ses ratés rédigée en 1922, mais que j’ai trouvé (malgré tout), moderne, d’actualité. Mais les crises ne sont-elles pas toujours d’actualité ?

C’est la première fois que je lis un auteur hongrois. Avez-vous déjà lu cet auteur ? Quel autre écrivain hongrois classique me conseilleriez-vous ? Peut-être Antal Szerb ou bien Mór Jókai ? Je préfère commencer par les classiques, mais je vais sans aucun doute poursuivre mon expérience avec la littérature hongroise en passant par des auteurs contemporains…

(15 commentaires)

  1. Un texte court de Krudy et avec l’automne en titre, je ne peux que le noter. C’est une saison que je retrouve souvent chez lui et sur laquelle il a écrit des pages superbes (comme sur les autres saisons et le passage du temps en général). Je l’ai découvert avec « N.N. », sans doute son titre le plus célèbre, que je recommande fortement : là aussi, une errance, des histoires racontées, le doute sur la réalité de celles-ci, et une écriture magnifique. Récemment, j’ai lu « Sindbad ou la nostalgie », des nouvelles autour d’un personnage commun, qui revient souvent sur les traces de son passé, de femmes aimées.

    Je ne connais pas les deux auteurs classiques cités en fin d’article (je les note pour moi aussi et reviendrai voir les conseils d’autres lecteurs). Parmi les contemporains de Krudy, je conseille Attila Jozsef (poète) et Dezsö Kosztolányi. Dans un autre genre, plus humoristique, il y a Frigyes Karinthy. Un peu plus tardivement, il y a l’incontournable Sandor Marai, bien sûr, ou Imre Kertesz (je n’ai jamais lu ce dernier, mais on me l’a conseillé).

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  2. Dans le domaine hongrois, Krúdy est pour moi le plus grand : totalement unique et une œuvre immense et inclassable. Chaque livre est une variation du même livre et son style est assez fort pour passer facilement dans les autres langues (bien qu’en hongrois, il soit encore plus poétique et délicieux, et poignant).

    Pour les autres, il y a effectivement Kosztolányi, très fin et sec, ses nouvelles sont souvent très fortes, sa série Kornel Ésti très plaisante. Un bon exemple de la mélancolie caustique hongroise. Sa poésie est magnifique. Dans le même genre, Mihály Babits (et son terrible « Calife Cigogne »).

    J’aime énormément Milan Füst, que l’on commence à traduire ici après « L’histoire de ma femme » qui est un chef d’œuvre. C’est rude, inspiré, une prose très poétique (comme Krúdy). Un très grand écrivain.

    Dans les contemporains ou plus récents, Kertész me semble le plus fort : l’incroyable « Être sans destin » bien-sûr, mais aussi « Le refus » et sa fable sur la vie en régime staliniste et un peu tout. C’est le Thomas Bernhard hongrois, très drôle et très désespéré.

    Et puis aussi Géza Ottlik, Imre Sarkadi, Ferenc Karinthy (et son immense « Épépé », l’un des meilleurs livres hongrois que je connaisse), György Dragomán (« Le roi blanc ») …

    La poésie est très importante et reste très vivante (à la différence de la France) mais elle est bien difficile à traduire. On ne compte pas les poètes exceptionnels : Attila József, Endre Ady, Lörinc Szabó, Arany et Petöfi en plus classique, Csokonai …

    Dans le roman moins littéraire mais important et prenant si on aime cette langue et ces pays, il y a Mór Jókai au 19e et Miklós Bánffy au début du 20e.

    Il faut profiter de l’époque actuelle où il y a beaucoup plus de traductions du hongrois en français et la plupart du temps de très bonne qualité.

    Bref, il y a de quoi lire …

    Aimé par 1 personne

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