L’art de la traduction

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L’art de la traduction

Je me suis toujours demandé ce qu’est une bonne traduction ? À quoi est-ce qu’on la reconnaît ? Comment travaillent les traducteurs ? Etc., etc. Quand j’entends que la dernière traduction de Dostoïevski est meilleure que l’ancienne, je me pose des questions… En quoi est-elle meilleure et pourquoi ? Pour juger, il faudrait lire, comparer et comprendre avec le texte original à côté de soi, ce qui n’est pas donné à tout le monde. La plupart de ceux qui lisent Dostoïevski ne comprennent pas le russe, d’où mon interrogation. Je peux comprendre qu’une traduction soit plus facile à lire qu’une autre, mais qu’en est-il de la fidélité au texte original ?

Si j’ai bien compris, il y a des traducteurs qui interprètent et il y a ceux qui traduisent de mot-à-mot. Pour ma part, et bien que je n’y connais rien en traduction, je serais plus partisan de la méthode que j’ai appelée « de mot-à-mot ». Alors je comprends que parfois il faut en passer par l’interprétation, car certains mots ou bien expressions dans une langue ne veulent pas tout à fait dire la même chose dans une autre, mais je considère qu’il faut utiliser ce type de pratiques avec retenue.

Dernièrement, j’ai posté sur mon blog un poème d’Antun Gustave Matos : Les cheveux consolateurs. En lisant l’original, je me suis rendu compte que la traduction ne me convenait pas, alors j’en ai fait une qui correspond plus à ce que dit l’auteur. Je ne sais pas laquelle des deux traductions est la meilleure au niveau de l’écoute et de la sonorité, mais la mienne (de traduction) colle au plus près des mots de l’auteur. L’exemple le plus flagrant à mon sens est à la dernière ligne. Ainsi, dans le poème original il y a un point final alors que dans la traduction on retrouve un point d’interrogation. L’auteur affirme tandis que le traducteur s’interroge. Voici ma traduction. Qu’en pensez-vous ?

Ma traduction :

Les cheveux consolateurs

Je t’ai vue hier soir. En rêve. Affligée. Morte.
Dans la funeste salle, dans l’idylle des fleurs,
Sur le haut catafalque à l’agonie des bougies,
Et j’étais prêt à te donner ma vie en sacrifice.

Je ne pleurais pas. Non. Je me tenais stupéfait
Dans la funeste salle, remplie de la mort splendide,
Doutant que les yeux sombres soient clairs,
D’ou autrefois un jour meilleur m’éclaira.

Tout, vraiment, tout est mort : les yeux, les mains et le souffle,
Tout ce que ma détresse voulait revivifier,
Dans l’horreur aveugle et la passion de la douleur.
Dans la funeste salle, les pensées grises.

Seuls tes cheveux vivaient encore
Et ils me dirent : Calme-toi ! Dans la mort on rêve.

La traduction trouvé sur Internet :

Les cheveux consolateurs

Je t’ai vue hier soir. En rêve. Affligée. Morte.
Dans la funeste salle, dans l’idylle des fleurs,
Exposée sur le catafalque à l’agonie des bougies,
Et j’étais prêt à te donner ma vie en sacrifice.

Je ne pleurais pas. Non. Je me tenais plein de stupeur
Dans la funeste salle que remplissait la mort splendide,
Doutant que les yeux clairs avaient noirci,
Dont la lumière un jour avait béni ma vie.

Tout, oui, tout était mort : les yeux, les mains, le souffle,
Tout ce que ma détresse voulait revivifier,
dans l’horreur aveugle et la passion de la douleur.
Dans la funeste salle et les pensées blêmes,

Seuls tes cheveux vivaient encore
Et ils me dirent : – Paix ! Ne sais-tu pas que mort, on rêve ?

Le texte dans sa langue d’origine :

Utjeha kose

Gledao sam te sinoć. U snu. Tužnu. Mrtvu.
U dvorani kobnoj, u idili cvijeća,
Na visokom odru, u agoniji svijeća.
Gotov da ti predam život kao žrtvu.

Nisam plako. Nisam. Zapanjam sam stao
U dvorani kobnoj, punoj smrti krasne,
Sumnjajući da su tamne oči jasne
Odakle mi nekad bolji život sjao.

Sve baš, sve je mrtvo : oči, dah i ruke,
Sve što očajanjem htjedoh da oživim,
U slijepoj stravi i u strasti muke,
U dvorani kobnoj, mislima u sivim.

Samo kosa tvoja još je bila živa,
Pa mi reče Miruj ! U smrti se sniva.

(23 commentaires)

  1. Vaste sujet! La traduction requiert toujours une part d’interpretation, ca c’est sur. Je ne comprends pas la langue d’origine de ton poeme, donc je ne peux pas te donner mon avis la dessus.
    Une « bonne » traduction, pour moi, c’est un texte qui a l’air d’avoir été écrit en français par un français. Dans une « mauvaise » traduction, on « sent » la langue d’origine. Par exemple, en anglais: ‘it doesn’t make sense » ne sera pas traduit par « cela ne fait pas sens », mais plutôt par « cela n’est pas logique ». Le mot à mot peut devenir très plat d’une langue à l’autre, ne pas porter les mêmes significations. Lost in translation, en fait!
    Le plus difficile à traduire sont les jeux de mots et les mots d’esprit. les blagounettes. Là il faut vraiment interpréter et adapter au contexte, sinon les mots traduits n’auront plus de sens du tout, et la blague tombe à plat.
    J’espère t’avoir aidé un peu!

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  2. (Je suis au boulot, d’où le laps de temps entre le « like » et le commentaire… 🙂 )
    Pour ma part, j’ai la chance de pouvoir lire en anglais et en allemand, et j’ai passé une certaine partie de mes études en fac de langue à suivre des cours de traduction.
    C’est un exercice très difficile. Pour moi, je pense qu’on peut très bien traduire mot à mot mais ne pas rendre l’esprit, l’essence du texte. C’est bien dommage! Pour ma part, comme j’aime écrire, j’essayais toujours de coller à la fois aux mots et à l’ambiance. Je sais par exemple qu’en ce qui concerne les textes d’Edgar Poe, on retient depuis des lustres la traduction de Charles Baudelaire. Je n’en ai pas lu d’autre, mais je dois admettre que le style Baudelairien retranscrit admirablement l’ambiance et l’écriture de Poe. C’est magique! 🙂
    Par contre, pour avoir eu la chance d’étudier le « Faust » de Goethe dans la langue de son auteur, j’ai détesté la traduction poétique de Nerval, qui pour moi, n’avait plus rien à voir avec la beauté du texte original. Finalement, je me suis tournée vers une traduction sans rime, que j’ai tout de même trouvée très agréable à lire. 🙂

    C’est drôle, le poème que tu as traduit me rappelle un peu des thèmes baudelairiens! 🙂

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  3. Ton billet est vraiment intéressant et j’aime beaucoup le poème mentionné. Comme je ne comprends pas le poème dans sa langue d’origine, il m’est impossible de te parler de ta traduction. Beaucoup d’écrivains n’ont pas aimé les traductions de leurs romans. La traductrice de Daphné Du Maurier coupait même des parties dans sa traduction! Il me semble que Kundera avait lui-même décidé de traduire ses romans… Il y a un écrivain québécois qui a écrit un roman « La traduction est une histoire d’amour ». Est-ce la réponse? L’amour du texte?

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    1. Une traductrice qui coupe carrément des parties de textes, c’est quand même sacrément culotté… Avec le poème que j’ai mis, ce qui m’a le plus dérangé comme je l’ai dit dans mon article, c’est que la traduction finit par un point d’interrogation alors que dans le texte original il n’y en a pas… Pour Kundera je crois que tu as raison…

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  4. C’est une question très intéressante et que l’on se pose peu finalement, partant du principe que la traduction est au plus près de ce qu’à voulu dire l’auteur, mais bien souvent cela doit diverger, voir même carrément se contredire parfois ! Si je me souviens bien la traduction du titre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ajoute le PAS qui n’est pas dans la version original ! La ponctuation est également porteuse de sens et je comprend que tu t’interroge sur cela. Je suis vraiment nulle en langue donc je ne sais pas si ta traduction est correcte, mais je pense que comme tu le dis, cela dépens de pleins de facteurs, la sonorités, les syllabes et rimes pour un poème, quel travail de fourmis mais fort intéressant ! =)

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  5. que voici un sujet intéressant ! Je lis beaucoup de livres traduits à cause de mon goût prononcé pour la littérature étrangère, et pour moi, le traducteur est un artiste , car plus que juste traduire, il doit capter le ton, la forme du langage et l’esprit de l’auteur. J’ai entendu il y a peu Ron Rash en débat, et il disait ( il lit le français ) qu’il était admiratif du travail de sa traductrice en France. Il disait a

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  6. zut, parti avant la fin !
    Il disait aussi qu’il lit Giono en édition bilingue, pour voir ce que ça donne. Il m’est arrivé de laisser tomber un livre que je trouvais mauvais, plat, atone, puis changement de traducteur et là, c’est bon. Alors inévitablement on se demande qui est bon, l’auteur ou le traducteur ?
    Je ne sais pas si on peut avoir la réponse si on ne lit pas la langue, mais en anglais ( je le lis un peu ) j’ai bien vu qu’un mauvais traducteur peut massacrer un bon livre
    Et voilà ma petite contribution au débat, bien qu’il y ait plein d’autres choses à dire ! 🙂

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      1. il y a quand même des traducteurs inouïs, qui se confrontent à des langues comme l’islandais ( une de ces langues où genres et nombres ne s’identifient pas comme dans les langues latines,) …Eric Boury, je suis fan absolue de son travail. Lu « Illska » et traduire pour ce résultat un tel roman, là, je reste sans voix ! Son blog est très intéressant…Bon, j’arrête !

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  7. Je me pose souvent la question de la traduction lorsque je lis un texte qui n’est pas dans sa langue d’origine.
    Sachant que je ne parle, lis, comprends, que le français, je ne peux guère comparer. Mais j’arrive à juger plus ou moins si une traduction me semble correcte ou pas, dans le sens purement syntaxique. Personnellement, je déteste la traduction mot-à-mot en ce qui concerne les romans, car les phrases sont souvent mal construites.
    Après, il y a une énorme différence entre la traduction de poèmes et celle de romans. Dans le premier cas, cela est beaucoup beaucoup plus difficile je pense, tant la poésie repose sur un subtil jeu entre la forme et le fond.
    C’est une question délicate.

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  8. Alors moi je pars du principe qu’un poème est tout bonnement intraduisible, car il n’y a pas les rimes, et très souvent pas le même nombre de pied. Je ne lis donc pas de poèmes autre que français (je ne maitrise pas assez l’anglais pour ça).
    Ton texte est beau, les 2 traductions se valent, le point « ? » que tu n’aimes pas est il sous entendu dans le texte d’origine? On peut aussi considérer qu’il apporte une dimension phonétique (avec une phrase qui est bien tournée) intéressante.
    Pour les autres types (romans, essais, nouvelles, BD…) d’écrits on peut biaiser, tordre les phrases pour s’approcher du sens ET de la forme originelle, en gardant à l’esprit la patte de l’auteur, c’est le travail d’un bon traducteur. Et pas le mot à mot qui au contraire peut détruire le sens et la forme d’un texte (ce qu’en fait tu ne semble pas faire je trouve)

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    1. Il est vrai que traduire un poème est particulièrement compliqué… Pour moi il n’y a pas une interrogation sous-entendue dans le poème que je cite. Je comprends que la rime doit être respectée etc. etc., mais tout de même. Certes, je préfère le mot à mot, mais tout en faisant la part des choses… Il est parfois impossible de traduire au mot à mot surtout pour les expressions imagées. Mais comme je ne suis pas traducteur 🙂

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  9. J’avoue que c’est un sujet non seulement complexe, mais aussi subjectif … Je comprends que cette ponctuation t’ait irritée, je lis beaucoup en bilingue et ça m’arrive en permanence. Le problème de la traduction, et notamment de la traduction poétique, c’est la traduction des différents niveaux de langue … Comment tu traduis, par exemple, un poème de Baudelaire ? Tu te cantonnes au sens littéral ? Tu traduis aussi le sens métaphorique ? Tu es déjà sur 2 niveaux de langues, ajoute à ça la mélodie des mots et la versification … Et là tu te dis… Ok, c’est intraductible, ou plutôt, jamais la traduction ne sera parfaite … Le point d’interrogation de la traduction vient peut-être d’un sens métaphorique que le traducteur a voulu éclairé (je ne lis pas cette langue, je ne peux donc pas juger par moi-même). Questionnements passionnants, mais insolubles ! Merci pour cet article en tout cas !

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