Je veux devenir moine zen !, de Kiyohiro Miura

Je veux devenir moine zen ! De Kiyohiro Miura (PHILIPPE PICQUIER) — ISBN-13 : 9782877307666 — 142 pages — 6,10 € — Genre : Cul-bénit. ✮✮✮✮

moine

Kiyohiro Miura est un écrivain japonais contemporain pratiquement inconnu en Occident. Pourtant, il fut distingué par le prix Akutagawa (c’est à ce jour le plus grand prix littéraire japonais) pour le roman que je vais critiquer ici. Je ne sais pas si Kiyohiro Miura est un écrivain apprécié dans son pays en dehors du prix qu’il reçut, mais il semble être très peu traduit. Je n’ai trouvé, par exemple, aucune page Wikipédia à son nom en langue espagnole, allemande ou bien italienne. De plus, la page Wikipédia en langue anglaise consacrée à Kiyohiro Miura est encore plus courte que celle en langue française. Tout ceci, me laisse à penser que : « Je veux devenir moine zen ! » n’a été traduit que chez nous. Voilà ce que j’avais à dire sur l’auteur.

Ainsi, « je veux devenir moine zen ! » est un roman relativement court, puisqu’il contient à peine 140 pages, qui raconte l’histoire d’une famille dont le fils veut devenir bonze. L’auteur nous plonge d’emblée dans l’histoire puisqu’il commence son livre par l’incipit suivant :

« Le jour où mon fils m’a déclaré : « Je veux devenir moine zen ! », je suis tombé des nues. C’était un dimanche matin du début du printemps, alors que je me rendais comme à l’accoutumée à une séance de zazen, où j’avais pris l’habitude de l’emmener. Il venait à peine d’entreprendre sa troisième année de l’école primaire ».

Je trouve qu’il y a un peu d’Albert Camus dans ce début de texte qui me fait penser aux premières phrases du roman « L’étranger ». Phrases courtes, mélancoliques, envoûtantes… Oui, le style de l’auteur est épuré. Aussi, cette déclaration d’un fils encore jeune à son père ne va pas inquiéter outre mesure celui-ci, qui pensera dans un premier temps que le désir de son fils n’est que passager. Puis, l’enfant, un court instant doutera, avant de plonger dans l’opiniâtreté. Aussi, face au fils et à son désir de devenir moine zen, le père va connaître plusieurs phases émotionnelles : la fierté, l’inquiétude, l’acceptation, le doute, le renoncement, etc. J’en viens à me demander si le père ne passe pas par les sept étapes du deuil. Puis, face au père, il y a une femme en colère, une femme soumise, une mère impuissante, une mère en peine de voir son fils s’éloigner trop vite du cocon familial. Enfin, il y a la petite sœur espiègle qui ne comprend pas tout ce qui se passe autour d’elle. Elle aussi grandit trop vite…

Ce livre dépeint de manière subtile la cellule familiale, et la psychologie de ces différents membres. Le narrateur qui n’est autre que le père va de manière sensible nous parler de lui et de la relation qu’il entretient avec son fils. Le thème principal de ce roman est bien entendu l’éducation. Laisser voler son enfant de ses propres ailes n’est pas toujours facile. À partir de quand doit-on arrêter d’orienter les choix de son fils ou bien de sa fille ? À partir de quand un enfant est-il suffisamment mûr pour prendre ses propres décisions ? Cependant, dans ce roman riche en thèmes, il n’est pas seulement question d’éducation, mais aussi de libre arbitre et de religion. J’ai trouvé les différentes étapes, de la prise de pouvoir de l’abbesse sur l’enfant, terrifiantes. L’enfant, en fin de compte perd son libre arbitre et il se retrouve coincé et incapable de faire marche arrière comme une personne coincée dans une secte. Les différentes religions ne sont-elles pas des sectes qui ont réussi ? Vaste débat…

Ce qui m’a plu aussi dans ce merveilleux petit roman à la fois sensible et sobre, c’est que l’on en apprend beaucoup sur la culture japonaise et le zazen. D’ailleurs, il y a en fin de livre un glossaire très instructif. Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ?

(15 commentaires)

    1. Contemporain, car toujours vivant, mais l’auteur va bientôt avoir 86 ans et je ne pense pas qu’il continue d’écrire… Le livre a été publié en 1988 et c’est à ma connaissance la seule traduction existante de cet écrivain en France, mais aussi dans de nombreux autres pays occidentaux.

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      1. Merci pour ces précisions. Je pense que je vais me procurer ce roman, je ne connais pas assez la littérature japonaise, à part mes classiques (Kawabata, Mishima et Kenzaburo Ôé)…

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  1. Celui-là… je ne sais pas combien de fois je l’ai lu… 3 fois, 4 fois… et ce n’est pas fini. Il me plait tellement que tous les 3-4 ans j’ai envie de le ressortir. Je crois qu’en fait, c’est parce que j’ai toujours voulu être moine zen… Mais il n’est jamais trop tard.

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