Mornes saisons, de Satô Haruo

Mornes saisons, de Satô Haruo (LES BELLES LETTRES) — ISBN-13 : 9782251722238 — 272 PAGES — 25 €. ✮✮✮✮✮
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Comment se fait-il que Haruo Satô ne fût jamais traduit en français avant que les éditions (Les Belles Lettres) ne publient ce recueil de nouvelles « Mornes saisons » ? Difficile de l’expliquer… D’autant plus que Haruo Satô a été, selon Wikipédia, le maître de deux très grands écrivains japonais traduits en français depuis longtemps et que j’apprécie énormément, à savoir Masuji Ibuse et Osamu Dazai. Voici donc un écrivain japonais reconnu dans son pays, il fut distingué de « L’ordre de la Culture », et enfin publié en France (cinquante ans après son décès). Alors que j’aime tout particulièrement la littérature non contemporaine venant du pays du soleil levant, il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. Connaissant par ailleurs les éditions Les Belles Lettres ainsi que leur collection consacrée à la littérature asiatique (Japon/Chine), je n’ai pas hésité un instant à me procurer ce livre.

« Mornes saisons » est donc un recueil de nouvelles composé de quatre histoires et dont la première (qui est aussi la plus grande) donne le titre à l’ensemble du livre. D’ailleurs, je ne vais parler ici que de la première histoire, mais à titre informatif voici le titre des trois autres textes : « La maison de l’épagneul », « L’Empreinte » et « Clair de lune ».

Ainsi, le narrateur décide de s’installer avec sa femme à la campagne. Ce dernier veut fuir la capitale, sa vie tumultueuse et son rythme frénétique. Accompagné de ses deux chiens, ce couple souhaite renouer avec une vie plus harmonieuse, plus simple, plus naturelle… La ville est si bruyante alors que la campagne est si calme. Aussi, cet homme et cette femme tombent sous le charme d’une vieille maison abandonnée, son jardin qui subit l’ingérence de l’ancien propriétaire était autrefois magnifique, on le devine encore, car il n’a pas encore basculé complètement à l’état sauvage.

« Mais ce qui lui donna le plus grand sentiment d’horreur, ce n’était pas cette violente détermination dont faisait preuve la nature. C’était au contraire les derniers vestiges d’élégance d’une organisation agencée par la main de l’homme, qui conservaient une existence ténue au sein de ce chaos. C’était le fantôme d’une volonté. »

Dans un premier temps, tout se passe bien et le narrateur semble retrouver sa joie de vivre, sa femme est rassurée. Cependant, petit à petit le mari est gagné par la mélancolie. Il contemple cette nature morne et pluvieuse qui finit par l’oppresser, comme s’il avait été vaincu par elle. Dépressif, il essaie de cacher son état à sa femme, mais il commence à entendre ce que personne n’entend et à voir ce que personne ne voit, ce qui n’existe pas… Le narrateur s’inquiète pour ses chiens qui ne répondent plus à ces appels, il lutte contre ce qui l’entoure, contre ce qu’il est venu chercher, la nature et le calme. Le mari veut croire à ses obsessions tandis que sa femme finit par comprendre sa déraison.

L’écriture de Satô Haruo est toujours juste, mais aussi profondément délicate. Dans la première partie du texte, l’auteur ne parle quasiment que de la nature, du jardin qui entoure la maison, ainsi que des plantes qui le composent. C’est si merveilleux… On aime ce qu’on lit, on est attiré par cette nature si magnifiquement décrite, on se sent apaisé par elle, on est heureux. Pourtant, on commence à douter tout comme le narrateur de ce lieu idyllique. S’agit-il d’un jardin d’Éden ? L’apaisement cède sa place à l’irritation et l’agacement. Alors certes, cette nouvelle aborde le sujet de l’homme et de son rapport à la nature, mais pas seulement. « Mornes saisons » parle aussi de la solitude. Enfin, c’est ce qu’il me semble… Comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle ainsi que les autres textes, que je vous invite à découvrir, dans ce recueil de nouvelles. Je me demande si d’autres traductions de cet auteur sont prévues, mais j’aimerais tant découvrir « Mélancolie rurale » et « Mélancolie urbaine » de Haruo Satô.

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