Les cobayes, de Ludvik Vaculik

Les cobayes, de Ludvik Vaculik (LE NOUVEL ATTILA) — ISBN-13 : 9782917084540 — 255 pages — 20 € — GENRE : Cobaye. ✮✮✮✮✮

cobayes

Quasi inconnu en France, l’écrivain et journaliste tchèque, mort cet été à l’âge de 88 ans dans l’indifférence presque totale en France, est pourtant un auteur reconnu et très populaire dans son pays. Farouche opposant au régime communiste dans l’ancienne Tchécoslovaquie, Ludvik Vaculik considéré comme hostile au régime communiste fut surveillé par les forces de l’ordre à qui il devait chaque jour raconter ses faits et gestes. Grâce à l’éditeur Attila et à son souci du détail, nous apprenons à connaître un peu plus Ludvik Vaculik.

À l’aide d’une postface et d’une bibliographie commentée ainsi que d’une préface, l’éditeur explique entre autres choses comment le livre a été traduit, etc. De plus, l’éditeur ne s’est pas contenté d’enrichir le texte original par des mots puisqu’il fait aussi appel à notre sens du toucher à l’aide d’une couverture quasi tridimensionnelle très intéressante. Ainsi qu’à notre sens visuel, puisque le texte est agrémenté par de nombreuses illustrations (en noir et blanc et en couleur), dessinées par Jérémy Boulard Le Fur. Je trouve pour ma part les dessins très réussis, superbes.

Le titre du livre, « Les cobayes », au sens double puisqu’il désigne à la fois de petits rongeurs et un sujet d’expérience résume parfaitement ce dernier, car le livre de Ludvik Vaculik, rempli de sous-entendus, propose plusieurs niveaux de lecture et de compréhensions. Ainsi, Ludvik Vaculik nous dépeint dans son livre l’histoire professionnelle et familiale du narrateur Vasek. Le roman débute de manière conventionnelle et nous suivons Vasek, banquier dans une banque d’État qui tout comme ses confrères vole quelques billets afin d’arrondir ses fins de mois. Surveillés par la police, ces banquiers cleptomanes se font régulièrement contrôler et prendre. Cependant, jamais aucun employé ne sera inquiété. Première bizarrerie ! À côté de cela, Ludvik Vaculik nous conte l’histoire de Vasek, père de famille qui tombe littéralement sous la fascination des cobayes qu’il adopte. Seconde bizarrerie ! Des cobayes qui seront tour à tour aimés, choyés, étudiés, traités en cobayes, etc. On comprend dès lors le parallèle qui est effectué entre un Vasek, à la fois bon père de famille, mais aussi cruel et tortionnaire, et un État tchécoslovaque omniscient et omnipotent. Lourd et pesant ! Dans ce roman, l’auteur, il me semble, critique aussi un modèle économique tchécoslovaque qui s’essouffle. Cependant, jamais Ludvik Vaculik ne nomme clairement les choses et même si chaque lecteur peut y aller de sa propre interprétation, la critique sociale est palpable. Froide et glaçante ! Et c’est ce qui fait l’une des forces du livre. Petit à petit, l’univers décrit par Ludvik Vaculik et auquel on ne comprend pas tout devient de plus en plus oppressant, progressivement un malaise s’installe. Pourquoi ? Les Tchécoslovaques sont-ils aussi des cobayes ? Puis, nous sommes comme entraînés dans une sorte de maelström, terme utilisé à plusieurs reprises dans le texte et qui a visiblement servi comme base de travail à la maison d’édition Attila pour la réalisation de la couverture du livre.

Je recommande donc ce livre dont l’écriture fluide et riche en jeux grammaticaux et orthographiques plaira aux lecteurs exigeants, mais aussi aux autres. Le texte est, paradoxalement, à la fois simple (de par son vocabulaire) et compliqué à cause d’un monde décrit dont nous ne disposons pas toutes les clés. L’auteur fait travailler notre imagination de la plus belle manière. Ludvik Vaculik fait parfaitement ressentir au lecteur ce maelström dont je parlais plus haut, grâce à son écriture qui commence lentement et dont le rythme s’accélère tout au long du livre pour finir par nous laisser bouche bée. Dérouté ! Pour ceux et celles qui ne seraient toujours pas convaincus, sachez que le livre a reçu le prix Nocturne 2011. Il s’agit d’un prix méconnu, mais qui m’a fait découvrir de très beaux textes, et qui récompense « des œuvres fantastiques ou insolites » dixit Wikipédia. Il s’agit à la fois d’un beau texte et d’un bel ouvrage.

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